CHAPITRE XLVI.
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3, +Galimafrée+.--Terme de cuisine: sauce rapidement faite, dans laquelle il entre de la moutarde et de la poudre de gingembre; par extension, assemblage, mélange, galimatias.
5, +Benoist+.--Jehan était souvent, au moyen âge, employé comme synonyme de sot, innocent, badaud; on dit encore de nos jours, dans le même sens: «Jeanjean»;--Guillaume se disait parfois, comme terme de mépris, des gens dont on ne faisait pas grand cas;--Benoist et Benêt se prononçaient de même façon et avaient même signification, qu’a conservée l’épithète de «benêt», niais ridicule.
8, +Guillaumes+.--Quatorze rois d’Égypte portèrent le nom de Ptolémée; huit rois d’Angleterre celui de Henri; neuf rois de France, à l’époque de Montaigne, s’étaient appelés Charles; la Flandre a eu neuf de ses comtes du nom de Baudoin; l’Aquitaine, dix de ses ducs du nom de Guillaume.
10, +Venu+.--Guienne ne vient pas de Guillaume, mais de l’ancien nom romain du pays, _Aquitania_, dont on a fait d’abord Aquienne, et ensuite la Guyenne.
18, +Nom+.--Guillaume le Breton (conseiller intime de Philippe-Auguste), étant venu à Rouen, invita à manger chez lui, le jour de la fête de son saint patron, tous les chevaliers portant ce nom; il s’en trouva trois cents.
19, +Seruiteurs+.--C’est la très grande affluence de gens du même nom, se distinguant parfois, mais pas toujours, par des surnoms ou des sobriquets, qui, lors des croisades, au XIIe siècle, introduisit en France, pour permettre de s’y reconnaître, l’usage des noms de famille. Chez les anciens, ce nom n’existait pas davantage, toutefois, dans les grandes familles, le nom de l’un des ancêtres qui avait marqué était quelquefois conservé, et si ses descendants ne le portaient pas toujours, il servait néanmoins à indiquer qu’il en faisait partie, tels les Séleucides en Grèce, la gens Fabia à Rome, et même les Mérovingiens, les Carlovingiens dans l’ancienne France. Cela se retrouve encore chez les Orientaux; mais, en outre, au nom de chacun s’accole d’une façon indissoluble l’indication de qui il est fils: Atman ben Mohamed (Atman fils de Mohamed).
22, +Viandes+.--SPARTIEN, _Géta_, 5.
25, +Reputation+.--«Les noms ont une très grande vertu.» PLATON.--«Il faut donner de beaux noms aux enfants; un beau nom vaut mieux qu’une fortune.» PLINE.
«Les noms ont efficace et puissante vertu.» RONSARD.
26, +Nom+.--Add. des éd. ant.: _beau et_.
31, +Droit+.--C.-à-d. ne pouvoir, à cause de son nom, nommer à un grade ou à une place un gentilhomme, bien qu’il y eût droit.
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1, +Gascongne+.--Philippe II, roi d’Espagne, ne voulut jamais rien faire pour un ecclésiastique, parce qu’il s’appelait Luther, du même nom que le célèbre réformateur.
4, +Enfants+.--Il importe, en effet, de ne pas donner aux enfants des noms, c’est-à-dire des prénoms ridicules qui dans leur jeune âge leur attirent des railleries de leurs camarades (cet âge est sans pitié), ce qui peut les rendre malheureux, leur aigrir le caractère, créer des inimitiés. De même de ceux qui sont susceptibles de donner lieu dans l’avenir à des contrastes trop saillants; combien de Blanche sont brunes, de Rose sont pâles.--On conte à ce propos l’anecdote des deux filles du roi d’Espagne Alphonse IX. L’une s’appelait Urraca et l’autre Blanca. Des envoyés de Philippe, roi de France, vinrent demander en mariage, pour leur maître, l’une ou l’autre de ces princesses. Urraca était l’aînée et beaucoup plus belle que sa sœur; celle-ci fut pourtant préférée parce que le nom d’Urraca avait moins bonne grâce et eût été moins bien accueilli en France. L’auteur qui rapporte ce fait, ajoute: «Qui ignore qu’en France le nom de Henri est considéré comme néfaste, en raison de la fin tragique des rois qui l’ont porté: Henri II, tué dans un tournoi; Henri III et Henri IV, assassinés»; toujours est-il qu’il n’a pas porté bonheur à celui de leurs descendants qui a pris le nom de Henri V et n’est jamais monté sur le trône.--On cite encore à ce sujet une remarque assez piquante du maréchal Pélissier: «Voyez quelle bizarrerie, dit-il, en parlant de quelques maréchaux ses compagnons d’armes: Canrobert s’appelle _Certain_ (il était au contraire de peu de décision); Vaillant, _Alexandre_, et Randon, _César_ (tous deux, administrateurs estimés, ne passaient pas pour des foudres de guerre); et moi, je m’appelle _Aimable_ (ce qu’il était fort peu)!--Quant à l’importance des noms patronymiques, elle est bien autrement grande; ne voit-on pas, en effet, journellement, même à notre époque, nombre de grandes familles de France redorer leurs blasons et revivifier leur race par des alliances avec les filles de financiers, d’industriels et de commerçants auxquels la fortune a souri, comme du reste leurs pères avec les filles de fermiers généraux, alliances dans lesquelles le nom qu’ils tiennent d’illustres aïeux est leur seul apport!
14, +Voyons+.--BOUCHET, de qui le fait semble tiré, dit que le jeune homme, presque un enfant, était le neveu du doyen de Notre-Dame la Grande qui s’appelait alors Saint-Nicolas. Couché avec une fille de joie, ce jeune homme apprit d’elle qu’elle se nommait Marie. Saisi de honte, il s’abstint de la toucher et eut une si grande contrition de son péché qu’il en mourut sur l’heure. En raison de la circonstance, il fut inhumé en terre profane; mais quelques jours après apparut sur sa tombe «une rose blanche sur branche verte nouvellement venue», bien que ce ne fût pas la saison. En raison de ce prodige, on exhuma le corps et l’on trouva dans la bouche un papier portant en lettres d’or le nom de Marie. On informa et ayant acquis la conviction qu’il était décédé de douleur et de repentir, on le mit en terre sainte, et en commémoration on changea le vocable de l’église, qui devint Notre-Dame.
14, +Voyelle+.--Vocale, orale.
16, +Pythagoras+.--SEXTUS EMPIRICUS, _Adversus Mathem._, IV.
19, +Spondaïque+.--Monotone; ce qualificatif de spondaïque s’appliquait à un genre de musique, usité dans l’antiquité, composé de notes longues et d’égale durée.
22, +Foy+.--Tout ceci est dit par ironie contre les Calvinistes qui affectaient une piété excessive et donnaient à leurs enfants des prénoms tirés de l’Ancien Testament, au lieu de ceux en usage chez les catholiques.
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2, +Cognoissance+.--Il est bien regrettable que ce souhait exprimé par Montaigne, bien souvent renouvelé depuis lui, soit encore à l’état de desideratum, et qu’on continue à franciser les noms propres étrangers, aussi bien les noms d’hommes que les noms de lieux, tandis que par contre on a une tendance prononcée à employer dans le langage courant nombre de mots exotiques pour désigner des choses qui souvent ont leur nom en français. Pourquoi nous obstiner à dire _Londres_ au lieu de _London_, _Rome_ au lieu de _Roma_; à appeler Guillaume, Charles, au lieu de Wilhelm, de Carle, les souverains de l’Allemagne, du Portugal! Cette manie de dénaturer les noms propres n’a-t-elle pas transformé en «Pas des lanciers» un lieu dit de Provence «Pas de l’ansie» dont l’appellation, par sa signification, «pas de l’angoisse, passage difficile», en expliquait la nature, et combien d’autres dans le même cas.
12, +Eschappé+.--La maison régnante de France était celle des Valois qui prit fin avec Henri III et descendait de Charles de Valois, fils cadet de Philippe III, petit-fils par conséquent de saint Louis, branche indirecte des Capétiens dont le point de départ, remontant déjà à trois siècles, était certainement ignoré alors de beaucoup. Et il en était de même en ce qui concernait Henri IV qui allait succéder à Henri III et tenait également ses droits de saint Louis d’une façon tout aussi indirecte du fait de son sixième fils Robert de Clermont, sire de Bourbon. On connaissait les Valois et les Bourbons, on n’avait plus guère souvenir de la manière dont ils se rattachaient aux Capétiens.
20, +D’autres+.--Elles sont nombreuses, en effet, les familles qui se croient ou se disent issues de sang royal: rien qu’en Gascogne, les Montesquiou, les Montlezun, les Pardailhan, les Comminges se font descendre de la première race. Mais il y en a ailleurs en France, et un peu partout: les de Croy se disent venir des rois de Hongrie; les Carrion Nisas, des rois d’Aragon; les Commène, les Lascaris, des empereurs d’Orient; les Montmorency ont une tradition mérovingienne; plusieurs princes russes, d’origine tartare, se donnent comme descendants de Gengis Khan, etc., etc..., car ils sont légion. Qu’ils soient ou non de bonne foi, en dehors des origines qu’ils avouent et de celles qu’ils n’avouent pas, de combien d’autres non moins illustres, tout comme un chacun du reste, ne seraient-ils pas en droit de se targuer, s’ils les connaissaient? Le calcul ne démontre-t-il pas qu’en France, à raison de trois générations par siècle, tous nous avons dans les veines le sang de vingt millions de contemporains de l’an mil; à qui donc à ce compte peut-on dénier d’avoir au moins un prince dans ses alliances, tout en laissant de côté les liens de parenté que nous pouvons revendiquer du fait d’Adam et Ève, nos ancêtres communs?
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4, +Face+.--Voir pour la signification de ce langage héraldique la notice sur les illustrations.--Montaigne était fort épris de ses armoiries; il les laissa, ainsi qu’il le relate dans le Journal de ses voyages, à Plombières, Augsbourg et dans plusieurs autres villes; à Pise, il les fit «blasonner et dorer avec de belles et vives couleurs», les encadra et les cloua au mur de sa chambre «sous la condition qu’elles y resteraient; son hôte le lui promit et en fit serment». A sa mort, n’ayant point d’héritier mâle, il les légua à Charron, devenu son ami.
23, +Procez+.--Allusion au _Jugement des voyelles_ de LUCIEN, où la consonne grecque Σ (sigma) porte plainte, devant les sept voyelles, contre Τ (tau), autre consonne, pour vol et violence, cette dernière la dépouillant de nombre de mots dans lesquels Τ s’est introduite, alors qu’ils se prononcent comme si c’était elle, Σ, qui entrait dans leur composition, ce qui se retrouve, du reste, dans notre langue où, fréquemment, t se prononce comme c, s ou z, ce qui est même une des modifications que poursuivent ceux qui, de nos jours, préconisent la réforme de l’orthographe.
26, +Bon+.--C.-à-d. ceci est important.
28, +Connestable+.--Ce nom que nous écrivons Guesclin, se trouve écrit dans les actes publics de l’époque: Glecquin, Gléaquin, Glayaquin, Glesquin, Gleyquin, Claikin, etc... MICHELET.--En dehors des formes que signale Montaigne, MÉNAGE en a relevé nombre d’autres: Guéclin, Gayaquin, Guesquinius, Guesclinius, Guesquinas, etc...--Dans ses _Mémoires_, III, 70, FROISSART rapporte, sur l’origine de Duguesclin et de son nom, qu’un chevalier breton lui conta qu’au temps où Charlemagne combattait en Espagne les rois maures qui en étaient les maîtres, l’un de ces rois, du nom d’Aquin, passa par mer en Bretagne, débarqua à Vannes, conquit le pays et, pour affermir sa conquête et au besoin assurer sa retraite, construisit non loin de là, sur le bord de la mer, une tour «moult belle», qu’on appela le Glay. Charlemagne, de retour de son expédition, se porta contre Aquin qui, vaincu, s’enfuit en si grande hâte, qu’en se rembarquant, il oublia un de ses enfants qui dormait dans la tour. L’enfant fut porté à Charlemagne qui le fit baptiser; Roland et Olivier furent ses parrains; et, en souvenir de ces diverses circonstances, il reçut le nom d’Olivier du Glay-Aquin et de lui serait issu Bertrand du Guesclin. V. N. =I=, 32: Auuergne.
30, +D’Alsinois+.--François Ier avait fait à son sujet cet assez mauvais jeu de mots: «Pauvre comte qui ne possède que six noix.»
34, +Escrits+.--Le surnom de _Lenis_ (doux) que SUÉTONE, _Othon_, 10, semble donner à son père, paraît résulter d’une erreur de la part de ceux qui ont lu de la sorte. Le manuscrit où cela se lit, est avarié en cet endroit et certains estiment que ce qui s’y lit n’est que la fin du mot Paulinus, dont la première syllabe a disparu; de fait un Suétone Paulinus, personnage cité par d’autres écrivains, se trouve dans les conditions à être le père de l’auteur des _Douze Césars_.--Quant au surnom de _Tranquillus_, c’était bien effectivement celui de Suétone; Pline le Jeune, dans ses lettres, suivant l’usage des Romains, le désigne souvent par ce seul surnom.
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16, +Laconum+.--Ce vers, traduit du grec par CICÉRON, est le premier de quatre vers élégiaques qui furent gravés au bas de la statue d’Épaminondas. V. N. =III=, 18: Epaminondas.
19, +Queat+.--Fragment, également rapporté par CICÉRON, de l’épitaphe que fit Ennius pour le grand Scipion, le premier, l’Africain, dont il était le familier.