CHAPITRE VIII.
=De l’affection des pères pour leurs enfants=, =II=, 19.--Comment Montaigne a été amené à écrire et à faire de lui-même le sujet de ses Essais, et pourquoi il consacre ce chapitre à Madame d’Estissac, 19.--L’affection des pères pour les enfants est plus grande que celle des enfants pour leurs pères, ce qui tient à ce que tout auteur s’attache à son œuvre et que, toujours, celui qui donne aime plus que celui qui reçoit, 21.--Il ne faut pas trop se laisser influencer par les penchants que l’on nomme naturels; on ne doit d’amitié aux enfants que s’ils s’en rendent dignes; et c’est une faute qui se produit fréquemment, d’être plus généreux envers les enfants lorsqu’ils sont très jeunes, que lorsque à un âge plus avancé leurs besoins se sont accrus; il semble qu’alors on les jalouse, 21.--Il faudrait, au contraire, partager de bonne heure ses biens avec eux; cela leur permettrait de s’établir plus tôt et dans de meilleures conditions, et ne les inciterait pas, comme il arrive parfois, à commettre par besoin des actions viles, des vols par exemple, auxquelles ils s’habituent (un GENTILHOMME adonné au vol), 23.--Mauvaise excuse des pères qui thésaurisent pour conserver le respect de leurs enfants; c’est par leur vertu et leur capacité seules qu’ils peuvent se rendre respectables, 25.--Trop de rigueur dans l’éducation forme des âmes serviles (MONTAIGNE, LÉONORE sa fille), 27.--Il ne faut pas se marier trop jeune; l’âge le plus favorable au mariage semble être de trente à trente-cinq ans, cette règle ne s’appliquant pas toutefois aux classes inférieures de la société où tout homme vivant du travail de ses mains a intérêt à avoir beaucoup d’enfants (ARISTOTE, PLATON, THALÈS, les GAULOIS, un ROI DE TUNIS, les ATHLÈTES en Grèce, coutume dans les INDES), 27.--Un père ne doit pas se dépouiller trop jeune en faveur de ses enfants, 29.--Celui qu’accablent les ans et les infirmités ne devrait garder pour lui que le nécessaire (l’empereur CHARLES-QUINT), 29.--Mais peu de gens savent se retirer à temps quand l’âge les gagne, 31.--En faisant l’abandon de l’usufruit de son superflu à ses enfants un père doit se réserver la faculté de les surveiller, de vivre avec eux et même de reprendre ses biens s’il a des motifs de plainte (singularité d’un DOYEN de S.-Hilaire de Poitiers), 31.--Appeler les parents des noms de père et de mère, ne devrait pas être interdit aux enfants; on se trompe quand on croit se rendre plus respectable à eux par la morgue et la hauteur; il vaut mieux s’en faire aimer que s’en faire craindre, 33.--Exemple d’un vieillard qui, voulant se faire craindre, était joué par tout son entourage, 35.--Quand les vieillards sont chagrins, grondeurs, avares, toute leur maison: femme, enfants, domestiques, se ligue contre eux pour les tromper (CATON), 37.--Profitons pour nous diriger à ce moment de la vie, des exemples que nous voyons autour de nous, 39.--Un père regrette parfois de s’être montré trop grave, trop peu bienveillant pour ses enfants (le maréchal DE MONTLUC), 39.--Dans la vieillesse c’est surtout un ami qu’il faudrait; l’amitié est préférable à toutes les liaisons de famille, 41.--C’est un tort de laisser à sa veuve les biens dont les enfants devraient jouir. Ce n’est pas non plus toujours une bonne affaire que d’épouser une femme ayant une belle dot, quoique une femme pauvre ne soit pas par cela même plus maniable, aucune considération ne modifiant sur ce point le caractère de la femme, 41.--Un mari ne doit attribuer à sa veuve que ce qu’il lui faut pour se maintenir dans le rang qu’elle a dans la société; on ne doit la laisser maîtresse de disposer de la fortune de ses enfants que durant le temps de leur minorité, 43.--Pour la répartition des biens qu’on laisse en mourant, le mieux est de s’en rapporter aux lois admises dans le pays; les testaments sont presque toujours injustes, 43.--Les substitutions en vue d’éterniser notre nom sont ridicules. On fait fréquemment erreur en déshéritant des enfants dont l’extérieur ne pronostique pas un avenir avantageux; dans son enfance, Montaigne était lourdaud et peu dégourdi, 45.--Raisons données par Platon pour que les questions d’héritage soient réglées par les lois, 45;--Revenons aux femmes: Il ne faut pas leur laisser le droit de partager les biens que les enfants tiennent de leur père, la mobilité et la faiblesse de leur jugement ne leur permettant pas de faire de bons choix; le plus souvent ce sont ceux qui le méritent le moins, qu’elles affectionnent le plus, 47.--On compte en vain sur ce qu’on appelle la tendresse maternelle; en ont-elles celles qui confient à des étrangères, et souvent aux mamelles des animaux, les enfants qu’elles devraient allaiter? 47.--Les hommes chérissent les productions de leur esprit bien plus que leurs propres enfants, et en effet c’est bien plus exclusivement leur ouvrage (LABIENUS, CASSIUS SEVERUS, CREMUTIUS CORDUS, LUCAIN, ÉPICURE, S. AUGUSTIN, MONTAIGNE, ÉPAMINONDAS, ALEXANDRE et CÉSAR, PHYDIAS, PYGMALION), 49.