CHAPITRE XVI.
=De la gloire=, =II=, 441.--En tout, il y a lieu de distinguer le nom et la chose, 442.--A Dieu seul appartient gloire et honneur; l’homme manque de tant d’autres choses qui lui sont autrement nécessaires, qu’il est bien puéril à lui de rechercher celles-là, 441.--Plusieurs philosophes ont prêché le mépris de la gloire laquelle, chez l’homme, est cause de si grands dommages; elle n’est à rechercher que lorsque d’autres avantages plus réels l’accompagnent (CHRYSIPPE, DIOGÈNE, les SIRÈNES et ULYSSE), 443.--Et cependant l’homme est tellement complexe que bien que ce mépris fût un des dogmes fondamentaux de sa doctrine, Épicure lui-même, à son heure dernière, n’a pas été sans se préoccuper du soin de sa réputation, 445.--Selon d’autres philosophes la gloire est désirable pour elle-même; le plus généralement on admet qu’il ne faut ni la rechercher, ni la fuir (CARNÉADE, ARISTOTE), 447.--Erreur de ceux qui ont cru que la vertu n’est désirable que pour la gloire qui l’accompagne (CICÉRON), 447.--S’il en était ainsi, il ne faudrait jamais faire de belles actions que lorsqu’on est remarqué (SEXTUS PEDUCEUS, SEXTILIUS RUFUS, M. CRASSUS et Q. HORTENSIUS), 447.--La vertu serait chose bien frivole, si elle tirait sa recommandation de la gloire, 449.--Quant à Montaigne, toute la gloire qu’il désire, c’est de passer une vie tranquille, telle qu’il la conçoit, 449.--C’est le hasard qui donne la gloire: que de belles actions demeurent inconnues (CÉSAR, ALEXANDRE), 449.--La vertu est à rechercher pour elle-même, indépendamment de l’approbation des hommes, 451.--Le jugement des foules est méprisable; le sage ne doit pas attacher de prix à l’opinion des fous (DÉMÉTRIUS, CICÉRON), 453.--Quand on ne suivrait pas le droit chemin uniquement parce qu’il est droit, il faudrait encore le suivre pour son propre avantage, les choses honnêtes étant ordinairement celles qui profitent le plus (PAUL ÉMILE, FABIUS), 453.--On fait trop cas de la louange et de la réputation, d’ailleurs on n’est jamais jugé que sur des apparences; aussi notre juge le plus sûr, c’est nous-mêmes, 455.--Certains vont jusqu’à vouloir que leurs noms soient connus à tout prix, même par des crimes (ÉROSTRATE, MANLIUS CAPITOLINUS), 457.--Qu’est-ce pourtant que la gloire attachée à un nom? n’est-il pas des noms communs à plusieurs familles, témoin celui de MONTAIGNE? 457.--Peu d’hommes, sur un très grand nombre, jouissent de la gloire à laquelle ils pourraient prétendre (les GRECS, les ROMAINS, les LACÉDÉMONIENS), 459.--Les écrits qui relatent leurs actions, le souvenir qui s’en conserve sont eux-mêmes de bien courte durée, 459.--A quel degré ne faut-il pas atteindre pour que notre mémoire se perpétue! dans de telles conditions, et la vertu portant elle-même sa récompense, est-ce la peine de sacrifier à la gloire? 461.--On peut cependant arguer en sa faveur qu’elle est un stimulant pour les hommes; qu’elle les porte quelquefois à la vertu, parce que redoutant le blâme de la postérité, ils recherchent son estime (TRAJAN, NÉRON, PLATON), 461.--Un semblable mobile équivaut à avoir recours à la fausse monnaie quand la bonne ne suffit pas; cela a été le cas de tous les législateurs (NUMA, SERTORIUS, ZOROASTRE, TRISMÉGISTE, ZAMOLXIS, CHARONDAS, MINOS, LYCURGUE, DRACON et SOLON, MOÏSE, la religion des BÉDOUINS), 463.--Quant aux femmes, elles ont tort d’appeler honneur ce qui est leur devoir; celles qui ne sont retenues que par la crainte de perdre leur honneur, sont bien près de céder, 463.