CHAPITRE XXVII.
=La poltronnerie est mère de la cruauté=, =II=, 569.--Vérité de l’adage qui fait le titre de ce chapitre; le vrai brave pardonne à l’ennemi qu’il a vaincu, le lâche l’injurie et le frappe même lorsqu’il est réduit à l’impuissance (ALEXANDRE tyran de Phères), 569.--Tuer son ennemi quand il est abattu, c’est se priver de la vengeance; mieux vaudrait le conserver à la vie, pour jouir de sa honte. Celui qui succombe n’est pas du reste le plus à plaindre; le repos lui est acquis, tandis que le survivant est obligé de fuir, de se cacher (BIAS, LYSISCUS, coutume du royaume de NARSINGUE), 571.--Une chose inexcusable c’est d’attendre la mort d’un ennemi pour publier des invectives contre lui (ASINIUS POLLION et PLANCUS, ARISTOTE), 573.--Les duels dérivent d’un sentiment de lâcheté, de la crainte que notre adversaire ne renouvelle ses offenses; l’usage de s’y faire accompagner de tenants dans les querelles particulières part de ce même sentiment, la peur de se voir abandonné à soi-même devant le danger; devoirs des tenants en pareille occurrence (le duc D’ORLÉANS et le roi HENRY d’ANGLETERRE, les ARGIENS et les LACÉDÉMONIENS, les HORACES et les CURIACES, un frère de MONTAIGNE), 573.--S’il est vrai que, seul, le courage doive être honoré, l’art de l’escrime est à flétrir, puisqu’il ne procure la victoire qu’à force de feintes et de ruses; de plus, il porte à violer les lois (le consul P. RUTILIUS, CÉSAR à Pharsale), 577.--D’ailleurs, à la guerre, cet art est inutile et parfois dangereux (PHILOPŒMEN, PLATON), 579.--Les gens sanguinaires et cruels sont généralement lâches, et un premier acte de cruauté en amène nécessairement d’autres (l’empereur MAURICE et PHOCAS; PHILIPPE roi de Macédoine, THÉOXÈNE et PORIS), 581.--Les tyrans s’ingénient à prolonger les tourments de leurs victimes; mais leur intention est souvent trompée, les tortures violentes tuant, et celles qui sont tolérables ne suffisant pas à leur rage, 583.--Dans les exécutions ordinaires de la justice tout ce qui outrepasse la mort simple, est cruauté (JUIFS crucifiés), 583.--Détails de quelques supplices atroces; Montaigne pense que les plus hideux à voir, ne sont pas toujours ceux qui causent le plus de douleur aux malheureux qui ont à les subir (l’empereur MECHMET en ÉPIRE, CRÉSUS; GEORGES SÉCHEL, chef des paysans polonais révoltés), 585.