‹ Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IVChapitre 87 sur 241 · CHAPITRE IV.

CHAPITRE IV.

=De la diversion=, =III=, 159.--C’est par la diversion qu’on parvient à calmer les douleurs vives. On console mal par le raisonnement; il faut distraire l’esprit, appeler son attention sur d’autres objets, mais l’effet en est de courte durée (CLÉANTHE, les PÉRIPATÉTICIENS, CHRYSIPPE, ÉPICURE, CICÉRON), 159.--A la guerre, la diversion se pratique utilement pour éloigner d’un pays un ennemi qui l’a envahi, pour gagner du temps (PÉRICLÈS, le SIEUR D’HIMBERCOURT, ATALANTE et HIPPOMÈNE), 161.--C’est aussi un excellent remède dans les maladies de l’âme, par elle on rend moins amers nos derniers moments; SOCRATE est le seul qui, dans l’attente de la mort, sans cesser de s’en entretenir, ait constamment, durant un long espace de temps, gardé la plus parfaite sérénité (les disciples d’HÉGÉSIAS et le roi PTOLÉMÉE), 165.--Chez les condamnés à mort, la dévotion devient une diversion à leur terreur, 165.--Fermeté, lors de son exécution, de SUBRIUS FLAVIUS condamné à mort, 167.--Sur un champ de bataille, dans un duel, l’idée de la mort est absente de la pensée des combattants (L. SILANUS), 167.--Dans les plus cruelles calamités, nombre de considérations rendent notre situation moins pénible; sommes-nous menacés d’une mort prochaine, l’espérance d’une vie meilleure, le succès de nos enfants, la gloire future de notre nom, l’espoir que nous serons vengés, etc., tout se présente à notre esprit, l’occupe et le distrait (DIDON, ARIANE, XÉNOPHON, ÉPICURE, ÉPAMINONDAS, ZÉNON), 167.--Moyen de dissiper un ardent désir de vengeance, 169.--C’est encore par la diversion qu’on se guérit de l’amour, comme de toute autre passion malheureuse; par elle, le temps, qui calme tout, exerce son action, 169.--De même en détournant l’attention, on fait tomber un bruit public qui vous offense (ALCIBIADE), 171.--Un rien suffit pour attirer et détourner notre esprit; en présence même de la mort, les objets les plus frivoles entretiennent en nous le regret de la vie (PLUTARQUE, la ROBE de César, TIBÈRE), 173.--L’orateur et le comédien en arrivent souvent à ressentir en réalité les sentiments qu’ils expriment dans le plaidoyer qu’ils débitent ou le rôle qu’ils jouent (les PLEUREUSES, le convoi de M. DE GRAMMONT, QUINTILIEN), 175.--Singulier moyen que nous mettons en œuvre pour faire diversion à la douleur que nos deuils peuvent nous causer, 177.--Nous nous laissons souvent influencer par de purs effets d’imagination; parfois, il n’en faut pas davantage pour nous porter aux pires résolutions (CAMBYSE, ARISTODÈME, MIDAS, PROMÉTHÉE), 177.