Scène IX.
(Cette scène est partie déclamée, et partie chantée.)
ÉLISE, partie du chœur.
ÉLISE.
Que vous semble, mes sœurs, de l’état où nous sommes ?
D’Esther, d’Aman, qui le doit emporter ?
Est-ce Dieu, sont-ce les hommes,
Dont les œuvres vont éclater ?
Vous avez vu quelle ardente colère
Allumait de ce roi le visage sévère.
UNE DES ISRAÉLITES.
Des éclairs de ses yeux l’œil était ébloui.
UNE AUTRE.
Et sa voix m’a paru comme un tonnerre horrible.
ÉLISE.
Comment ce courroux si terrible
En un moment s’est-il évanoui ?
UNE DES ISRAÉLITES chante.
Un moment a changé ce courage inflexible :
Le lion rugissant est un agneau paisible.
Dieu, notre Dieu sans doute a versé dans son cœur
Cet esprit de douceur.
LE CHŒUR chante.
Dieu, notre Dieu sans doute a versé dans son cœur
Cet esprit de douceur.
LA MÊME ISRAÉLITE chante.
Tel qu’un ruisseau docile
Obéit à la main qui détourne son cours,
Et laissant de ses eaux partager le secours,
Va rendre tout un champ fertile,
Dieu, de nos volontés arbitre souverain,
Le cœur des rois est ainsi dans ta main.
ÉLISE.
Ah ! que je crains, mes sœurs, les funestes nuages
Qui de ce prince obscurcissent les yeux !
Comme il est aveuglé du culte de ses dieux !
UNE ISRAÉLITE.
Il n’atteste jamais que leurs noms odieux.
UNE AUTRE.
Aux feux inanimés dont se parent les cieux
Il rend de profanes hommages.
UNE AUTRE.
Tout son palais est plein de leurs images.
LE CHŒUR chante.
Malheureux ! vous quittez le maître des humains
Pour adorer l’image de vos mains !
UNE ISRAÉLITE chante.
Dieu d’Israël, dissipe enfin cette ombre.
Des larmes de tes saints quand seras-tu touché ?
Quand sera le voile arraché
Qui sur tout l’univers jette une nuit si sombre ?
Dieu d’Israël, dissipe enfin cette ombre :
Jusqu’à quand seras-tu caché ?
UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES.
Parlons plus bas, mes sœurs. Ciel ! si quelque infidèle,
Écoutant nos discours, allait nous déceler !
ÉLISE.
Quoi ! fille d’Abraham, une crainte mortelle
Semble déjà vous faire chanceler !
Eh ! si l’impie Aman, dans sa main homicide
Faisant luire à vos yeux un glaive menaçant,
À blasphémer le nom du Tout-Puissant,
Voulait forcer votre bouche timide !
UNE AUTRE ISRAÉLITE.
Peut-être Assuérus, frémissant de courroux,
Si nous ne courbons les genoux
Devant une muette idole,
Commandera qu’on nous immole.
Chère sœur, que choisirez-vous ?
LA JEUNE ISRAÉLITE.
Moi, je pourrais trahir le Dieu que j’aime !
J’adorerais un dieu sans force et sans vertu,
Reste d’un tronc par les vents abattu,
Qui ne peut se sauver lui-même !
LE CHŒUR chante.
Dieux impuissants, dieux sourds, tous ceux qui vous implorent
Ne seront jamais entendus.
Que les démons, et ceux qui les adorent,
Soient à jamais détruits et confondus !
UNE ISRAÉLITE chante.
Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis,
Rendent honneur au Dieu qui m’a donné la vie.
Dans les craintes, dans les ennuis,
En ses bontés mon âme se confie.
Veut-il par mon trépas que je le glorifie ?
Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis,
Rendent honneur au Dieu qui m’a donné la vie.
ÉLISE.
Je n’admirai jamais la gloire de l’impie.
UNE AUTRE ISRAÉLITE.
Au bonheur du méchant qu’une autre porte envie.
ÉLISE.
Tous ses jours paraissent charmants ;
L’or éclate en ses vêtements ;
Son orgueil est sans borne ainsi que sa richesse ;
Jamais l’air n’est troublé de ses gémissements ;
Il s’endort, il s’éveille au son des instruments ;
Son cœur nage dans la mollesse.
UNE AUTRE ISRAÉLITE.
Pour comble de prospérité,
Il espère revivre en sa postérité ;
Et d’enfants à sa table une riante troupe
Semble boire avec lui la joie à pleine coupe.
(Tout le reste est chanté.)
LE CHŒUR.
Heureux, dit-on, le peuple florissant
Sur qui ces biens coulent en abondance !
Plus heureux le peuple innocent
Qui dans le Dieu du ciel a mis sa confiance !
UNE ISRAÉLITE, seule.
Pour contenter ses frivoles désirs
L’homme insensé vainement se consume :
Il trouve l’amertume
Au milieu des plaisirs.
UNE AUTRE, seule.
Le bonheur de l’impie est toujours agité ;
Il erre à la merci de sa propre inconstance.
Ne cherchons la félicité
Que dans la paix de l’innocence.
LA MÊME, avec une autre.
Ôdouce paix !
Ô lumière éternelle !
Beauté toujours nouvelle !
Heureux le cœur épris de tes attraits !
Ô douce paix !
Ô lumière éternelle !
Heureux le cœur qui ne te perd jamais !
LE CHŒUR.
Ôdouce paix !
Ô lumière éternelle !
Beauté toujours nouvelle !
Ô douce paix !
Heureux le cœur qui ne te perd jamais !
LA MÊME, seule.
Nulle paix pour l’impie : il la cherche, elle fuit ;
Et le calme en son cœur ne trouve point de place :
Le glaive au dehors le poursuit ;
Le remords au dedans le glace.
UNE AUTRE.
La gloire des méchants en un moment s’éteint :
L’affreux tombeau pour jamais les dévore.
Il n’en est pas ainsi de celui qui te craint.
Il renaîtra, mon Dieu, plus brillant que l’aurore.
LE CHŒUR.
Ôdouce paix !
Heureux le cœur qui ne te perd jamais !
ÉLISE, sans chanter.
Mes sœurs, j’entends du bruit dans la chambre prochaine.
On nous appelle : allons rejoindre notre reine.