‹ Esther (Racine), Didot, 1854Chapitre 2 sur 23 · Scène II.

Scène II.

ESTHER, ÉLISE, le chœur.

UNE ISRAÉLITE, chantant derrière le théâtre.

Ma sœur, quelle voix nous appelle ?

UNE AUTRE.

J’en reconnais les agréables sons :
C’est la reine.

TOUTES DEUX.

C’est la reine. Courons, mes sœurs, obéissons.
La reine nous appelle :
Allons, rangeons-nous auprès d’elle.

TOUT LE CHŒUR, entrant sur la scène par plusieurs endroits différents.

La reine nous appelle :
Allons, rangeons-nous auprès d’elle.

ÉLISE.

Ciel ! quel nombreux essaim d’innocentes beautés
S’offre à mes yeux en foule, et sort de tous côtés !
Quelle aimable pudeur sur leur visage est peinte !
Prospérez, cher espoir d’une nation sainte.
Puissent jusques au ciel vos soupirs innocents
Monter comme l’odeur d’un agréable encens !
Que Dieu jette sur vous des regards pacifiques !

ESTHER.

Mes filles, chantez-nous quelqu’un de ces cantiques
Où vos voix si souvent se mêlant à mes pleurs
De la triste Sion célèbrent les malheurs.

UNE ISRAÉLITE chante seule.

Déplorable Sion, qu’as-tu fait de ta gloire ?
Tout l’univers admirait ta splendeur :
Tu n’es plus que poussière ; et de cette grandeur
Il ne nous reste plus que la triste mémoire.
Sion, jusques au ciel élevée autrefois,
Jusqu’aux enfers maintenant abaissée,
Puissé-je demeurer sans voix,
Si dans mes chants ta douleur retracée
Jusqu’au dernier soupir n’occupe ma pensée !

TOUT LE CHŒUR.

Ôrives du Jourdain ! ô champs aimés des cieux !
Sacrés monts, fertiles vallées,
Par cent miracles signalées !
Du doux pays de nos aïeux
Serons-nous toujours exilées ?

UNE ISRAÉLITE, seule.

Quand verrai-je, ô Sion ! relever tes remparts,
Et de tes tours les magnifiques faîtes ?
Quand verrai-je de toutes parts
Tes peuples en chantant accourir à tes fêtes ?

TOUT LE CHŒUR.

Ôrives du Jourdain ! ô champs aimés des cieux !
Sacrés monts, fertiles vallées,
Par cent miracles signalées !
Du doux pays de nos aïeux
Serons-nous toujours exilées ?

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