‹ ÉthiqueChapitre 106 sur 459 · Deuxième partie : De la nature et de l’origine de l’âme · SCOLIE

Deuxième partie : De la nature et de l’origine de l’âme · SCOLIE

Par ce qui précède nous ne connaissons pas seulement que l’Âme humaine est unie au Corps, mais aussi ce qu’il faut entendre par l’union de l’Âme et du Corps. Personne cependant ne pourra se faire de cette union une idée adéquate, c’est-à-dire distincte, s’il ne connaît auparavant la nature de notre Corps. Car ce que nous avons montré jusqu’ici est tout à fait commun et se rapporte également aux hommes et aux autres individus, lesquels sont tous animés, bien qu’à des degrés divers. Car d’une chose quelconque de laquelle Dieu est cause, une idée est nécessairement donnée en Dieu, de la même façon qu’est donnée l’idée du Corps humain, et ainsi l’on doit dire nécessairement de l’idée d’une chose quelconque ce que nous avons dit de l’idée du Corps humain. Nous ne pouvons nier cependant que les idées diffèrent entre elles comme les objets eux-mêmes, et que l’une l’emporte sur l’autre en excellence et contient plus de réalité dans la mesure où l’objet de l’une emporte sur l’objet de l’autre et contient plus de réalité : pour cette raison, pour déterminer en quoi l’Âme humaine diffère des autres et l’emporte sur elles, il nous est nécessaire de connaître la nature de son objet, tel que nous l’avons fait connaître, c’est-à-dire du Corps humain. Je ne peux toutefois l’expliquer ici et cela n’est pas nécessaire pour ce que je veux démontrer. Je dis cependant en général que, plus un Corps est apte comparativement aux autres à agir et à pâtir de plusieurs façons à la fois, plus l’âme de ce Corps est apte comparativement aux autres à percevoir plusieurs choses à la fois ; et, plus les actions d’un corps dépendent de lui seul, et moins il y a d’autres corps qui concourent avec lui dans l’action, plus l’âme de ce corps est apte à connaître distinctement. Par là nous pouvons connaître la supériorité d’une âme sur les autres, nous pouvons voir aussi la cause pourquoi nous n’avons de notre Corps qu’une connaissance tout à fait confuse, et plusieurs autres choses que je déduirai ci-après de ce qui précède. Pour ce motif j’ai cru qu’il valait la peine de l’expliquer et démontrer plus soigneusement, et, pour cela, il est nécessaire de poser d’abord quelques prémisses au sujet de la nature des corps.

Tous les corps se meuvent ou sont au repos.

Chaque corps se meut tantôt plus lentement, tantôt plus vite.

Les corps se distinguent les uns des autres par rapport au mouvement et au repos, à la vitesse et à la lenteur, et non par rapport à la substance.

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