‹ ÉthiqueChapitre 124 sur 459 · Deuxième partie : De la nature et de l’origine de l’âme · SCOLIE

Deuxième partie : De la nature et de l’origine de l’âme · SCOLIE

Nous voyons ainsi comment il se peut faire que nous considérions ce qui n’est pas comme s’il était présent, ce qui arrive souvent. Et il est possible que cela provienne d’autres causes, mais il me suffit d’en avoir montré une seule par laquelle je puisse expliquer la chose comme si je l’eusse démontrée par sa vraie cause ; je ne crois cependant pas m’être beaucoup écarté de la vraie, puisque tous les postulats que j’ai admis ici, ne contiennent à peu près rien qui ne soit établi par l’expérience, et qu’il ne nous est plus permis de la révoquer en doute après que nous avons montré que le Corps humain existe conformément au sentiment que nous en avons (voir Coroll. de la Prop. 13), En outre (par le Coroll. préc. et le Coroll. 2 de la Prop. 16), nous connaissons clairement quelle différence il y a entre l’idée de Pierre, par exemple, qui constitue l’essence de l’âme de Pierre lui-même et l’idée du même Pierre qui est dans un autre homme, disons Paul. La première en effet exprime directement l’essence du Corps de Pierre, et elle n’enveloppe l’existence qu’aussi longtemps que Pierre existe ; la seconde indique plutôt l’état du Corps de Paul que la nature de Pierre, et, par suite, tant que dure cet état du Corps de Paul, l’Âme de Paul considère Pierre comme s’il lui était présent, même s’il n’existe plus. Pour employer maintenant les mots en usage, nous appellerons images des choses les affections du Corps humain dont les idées nous représentent les choses extérieures comme nous étant présentes, même si elles ne reproduisent pas les figures des choses. Et, quand, l’Âme contemple les corps en cette condition, nous dirons qu’elle imagine. Et ici, pour commencer d’indiquer ce qu’est l’erreur, je voudrais faire observer que les imaginations de l’Âme considérées en elles-mêmes ne contiennent aucune erreur ; autrement dit, que l’Âme n’est pas dans l’erreur, parce qu’elle imagine ; mais elle est dans l’erreur, en tant qu’elle est considérée comme privée d’une idée qui exclue l’existence de ces choses qu’elle imagine comme lui étant présentes. Si en effet l’Âme, durant qu’elle imagine comme lui étant présentes des choses n’existant pas, savait en même temps que ces choses n’existent pas en réalité, elle attribuerait certes cette puissance d’imaginer à une vertu de sa nature, non à un vice ; surtout si cette faculté d’imaginer dépendait de sa seule nature, c’est-à-dire (Déf. 7, p. I) si cette faculté qu’a l’âme d’imaginer était libre.

Si le Corps humain a été affecté une fois par deux ou plusieurs corps simultanément sitôt que l’Âme imaginera plus tard l’un d’eux, il lui souviendra aussi des autres.

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