‹ ÉthiqueChapitre 238 sur 459 · Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · SCOLIE

Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · SCOLIE

L’Amour étant une Joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure (Scolie de la Prop. 13), et la Haine une Tristesse qu’accompagne aussi l’idée d’une cause extérieure cette Joie et cette Tristesse seront donc également une espèce d’Amour et de Haine. Comme, toutefois, l’Amour et la Haine se rapportent à des objets extérieurs, nous désignerons ici ces Affections par d’autres noms ; nous appellerons Gloire une Joie qu’accompagne l’idée d’une cause intérieure, et Honte la Tristesse contraire, quand la Joie et la Tristesse naissent de ce que les hommes se croient loués ou blâmés. Dans d’autres cas, j’appellerai Contentement de soi la Joie qu’accompagne l’idée d’une cause intérieure, et Repentir la Tristesse opposée à cette Joie. Comme il peut arriver maintenant (Coroll. de la Prop. 17, p. II) que la Joie dont quelqu’un imagine qu’il affecte les autres soit seulement imaginaire, et que (Prop. 25) chacun s’efforce d’imaginer au sujet de lui-même tout ce qu’il imagine qui l’affecte de Joie, il pourra facilement arriver que le glorieux soit orgueilleux et s’imagine être agréable à tous alors qu’il leur est insupportable.

Si nous imaginons que quelqu’un aime, ou désire, ou a en haine ce que nous-même aimons, désirons, ou avons en haine, notre amour, etc., deviendra par cela même plus constant. Si, par contre, nous imaginons qu’il a en aversion ce que nous aimons, ou inversement, nous éprouverons la passion dite Fluctuation de l’Âme.

Page 1