‹ ÉthiqueChapitre 243 sur 459 · Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · SCOLIE

Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · SCOLIE

Nous voyons ainsi qu’en vertu de la disposition de leur nature les hommes sont généralement prêts à avoir de la commisération pour ceux qui sont malheureux et à envier ceux qui sont heureux, et que leur haine pour ces derniers est (Prop. préc.) d’autant plus grande qu’ils aiment davantage ce qu’ils imaginent dans la possession d’un autre. Nous voyons, en outre, que la même propriété de la nature humaine d’où suit qu’ils sont miséricordieux, fait aussi qu’ils sont envieux et ambitieux. Enfin, si nous voulions consulter l’expérience, nous éprouverions qu’elle nous enseigne tout cela, surtout si nous avions égard à nos premières années. L’expérience nous montre en effet que les enfants, dont le corps est continuellement comme en équilibre, rient ou pleurent par cela seul qu’ils voient d’autres personnes rire ou pleurer, tout ce qu’ils voient faire par autrui ils désirent aussitôt l’imiter, et ils désirent enfin tout ce à quoi ils imaginent que d’autres prennent plaisir ; c’est qu’en effet, nous l’avons dit, les images des choses sont les affections mêmes du Corps humain, c’est-à-dire les manières dont ce Corps est affecté par les causes extérieures et disposé à faire ceci ou cela.

Quand nous aimons une chose semblable à nous, nous nous efforçons autant que nous pouvons, de faire qu’elle nous aime à son tour.

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