‹ ÉthiqueChapitre 253 sur 459 · Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · DÉMONSTRATION

Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · DÉMONSTRATION

Si quelqu’un, en effet, commence d’avoir en haine la chose qu’il aime, un plus grand nombre de ses appétits sont réduits que s’il ne l’avait pas aimée. Car l’Amour est une Joie (Scolie de la Prop. 13) que l’homme, autant qu’il peut (Prop. 28), s’efforce de conserver ; et cela (même Scolie) en considérant la chose aimée comme présente et en l’affectant de Joie (Prop. 21), autant qu’il peut. Cet effort (Prop. préc.) est d’autant plus grand d’ailleurs que l’Amour est plus grand, de même que l’effort pour faire que la chose aimée l’aime à son tour (Prop. 33). Mais ces efforts sont réduits par la haine envers la chose aimée (Coroll. de la Prop. 13 et Prop. 23) ; donc l’amant (Scolie de la Prop. 11), pour cette cause aussi, sera affecté de Tristesse et d’autant plus que son Amour était plus grand ; c’est-à-dire, outre la Tristesse qui fut cause de la Haine, une autre naît de ce qu’il a aimé la chose, et conséquemment il considérera la chose aimée avec une affection de Tristesse plus grande, c’est-à-dire (Scolie de la Prop. 13) éprouvera envers elle une haine plus grande que s’il ne l’avait pas aimée, et d’autant plus grande que son Amour était plus grand. C. Q. F. D.

Qui a quelqu’un en haine s’efforcera de lui faire du mal, à moins qu’il ne craigne qu’un mal plus grand ne naisse pour lui de là ; et, au contraire, qui aime quelqu’un s’efforcera par la même loi de lui faire du bien.

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