Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · SCOLIE
Bien qu’il en soit ainsi, personne cependant ne fera effort pour avoir quelqu’un en haine ou être affecté de Tristesse, afin de jouir de cette Joie plus grande ; c’est-à-dire personne, dans l’espoir d’un dédommagement, ne désirera se porter dommage à lui-même et ne souhaitera d’être malade dans l’espoir de guérir. Car chacun s’efforcera toujours de conserver son être et, autant qu’il peut, d’écarter la Tristesse. Que si, au contraire, on pouvait concevoir un homme désirant avoir quelqu’un en haine afin d’éprouver ensuite pour lui un plus grand amour, alors il souhaitera toujours de l’avoir en haine. Car plus la Haine aura été grande, plus grand sera l’Amour, et, par suite, il souhaitera toujours que la Haine s’accroisse de plus en plus ; et pour la même cause, un homme s’efforcera de plus en plus d’être malade afin de jouir ensuite d’une plus grande Joie par le rétablissement de sa santé ; il s’efforcera donc d’être malade toujours, ce qui (Prop. 6) est absurde.
Si quelqu’un qui aime une chose semblable à lui imagine qu’un autre semblable à lui est affecté de Haine envers cette chose, il aura cet autre en haine.