‹ ÉthiqueChapitre 301 sur 459 · Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · EXPLICATION

Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · EXPLICATION

Dans le Scolie de la Proposition 18, Partie II, nous avons montré pour quelle cause l’Âme passe aussitôt de la considération d’une chose à la pensée d’une autre, savoir parce que les images de ces choses sont enchaînées entre elles et ordonnées de façon que l’une suive l’autre ; or on ne peut concevoir qu’il en soit ainsi quand l’image de la chose est nouvelle, mais alors l’Âme sera retenue dans la considération de cette chose jusqu’à ce qu’elle soit déterminée par d’autres causes à penser à d’autres. Considérée en elle-même, l’imagination d’une chose nouvelle est donc de même nature que les autres et, pour ce motif, je ne range pas l’Étonnement au nombre des affections, et je ne vois pas de motif pour le faire, puisque, si l’Âme est distraite de toute autre pensée, cette distraction qu’elle subit, ne provient d’aucune cause positive, mais seulement de l’absence d’une cause qui de la considération d’une certaine chose la détermine à penser à d’autres. Je reconnais donc seulement trois affections primitives ou fondamentales (comme dans le Scolie de la Prop. 11), savoir celles de la Joie, de la Tristesse et du Désir ; et, si j’ai dit quelques mots de l’Étonnement, c’est parce que l’usage s’est établi de désigner certaines affections dérivant des trois primitives par d’autres noms, quand elles se rapportent à des objets qui nous étonnent ; pour le même motif je joindrai ici la définition du Mépris.

Il y a Mépris quand, par l’imagination d’une chose, l’Âme est si peu touchée que la présence de cette chose soit pour elle un motif d’imaginer ce qui ne s’y trouve pas, plutôt que ce qui s’y trouve (voir Scolie de la Prop. 52).

Je laisse ici de côté la définition de la Vénération et du Dédain, parce que nulles affections, que je sache, ne tirent de là leur nom.

L’Amour est une Joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure.

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