‹ ÉthiqueChapitre 315 sur 459 · Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · EXPLICATION

Troisième partie : De l’origine et de la nature des affections · EXPLICATION

L’Orgueil diffère donc de la Surestime en ce que celle-ci se rapporte à un objet extérieur, l’Orgueil à l’homme même qui fait de lui plus de cas qu’il n’est juste. En outre, de même que la Surestime est un effet ou une propriété de l’Amour, l’Orgueil découle de l’Amour propre et peut donc se définir : l’Amour de soi ou le Contentement de soi-même en tant qu’il affecte l’homme de telle sorte qu’il fasse de lui-même plus de cas qu’il n’est juste (voir Scolie de la Prop. 26). Il n’y a pas d’affection opposée à celle-là. Car personne, par haine de soi, ne fait de soi trop peu de cas ; et même personne ne fait de soi moins de cas qu’il n’est juste en tant qu’il imagine ne pouvoir ceci ou cela. Tout ce que l’homme imagine qu’il ne peut pas, en effet, il l’imagine nécessairement, et est disposé par cette imagination de telle sorte qu’il ne puisse réellement pas faire ce qu’il imagine ne pas pouvoir. Car, aussi longtemps qu’il imagine ne pas pouvoir ceci ou cela, il n’est pas déterminé à le faire, et conséquemment il lui est impossible de le faire. Si, par contre, nous avons égard à ce qui dépend de la seule opinion, nous pourrons concevoir qu’il arrive à un homme de faire de lui-même trop peu de cas ; il peut arriver en effet que quelqu’un, considérant tristement sa faiblesse, imagine que tous le méprisent, et cela alors que les autres ne pensent à rien moins qu’à le mépriser. Un homme peut encore faire de lui-même trop peu de cas, si dans le temps présent il nie de lui-même quelque chose relativement au temps futur, duquel il est incertain ; comme lorsqu’on nie que l’on puisse rien concevoir de certain ou que l’on puisse désirer ou faire autre chose que du mauvais et du vilain. Nous pouvons dire ensuite que quelqu’un fait de lui-même trop peu de cas quand nous le voyons, par crainte excessive de la honte ne pas oser ce qu’osent ses pareils. Nous pouvons donc opposer à l’Orgueil cette affection que j’appellerai Mésestime de soi ; comme du Contentement de soi naît l’Orgueil en effet, la Mésestime de soi naît de l’Humilité et peut donc se définir ainsi :

La Mésestime de soi consiste à faire de soi par Tristesse moins de cas qu’il n’est juste.

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