‹ Étude sur la Franc-MaçonnerieChapitre 12 sur 27 · I

I

HIÉRARCHIE, GRADES ET LANGAGE MAÇONNIQUES

On sait qu’il y a plusieurs grands rites maçonniques, le rite Égyptien de Misraïm, le rite Écossais, celui du Grand-Orient de France; et peut être d’autres encore.

Chacun des trois rites a trois degrés fondamentaux: les _apprentis_, les _compagnons_, les _maîtres_.

Ceux qui ne sont Francs-Maçons à aucun degré, ils les nomment des _profanes_.

En outre, chaque rite a ses _hauts grades_, et ses _mystères_. En Belgique et en France, le rite Écossais et le Grand-Orient ont chacun une échelle hiérarchique de trente-trois degrés. Je remarque parmi ces degrés:

_L’illustre élu des Quinze_; _Le Sublime Chevalier élu_; _Le Royal-Arche_; _Le Prince du Tabernacle_; _Le Maître des loges Symboliques_; _Le Chevalier du Serpent d’Airain_; _Le Rose-Croix_; _Le Grand-Pontife_; _Le Nouchite_; _Le Chevalier Kadosch_; _Le Grand-Inspecteur Inquisiteur_; _Le Sublime Prince du Royal Secret_; _Le Souverain Grand-Inspecteur Général_;

Le rite Égyptien de Misraïm est plus riche encore, et ne compte pas moins de quatre-vingt-dix degrés; je n’en citerai non plus que quelques-uns:

_Le Chaos, premier discret_; _Le Chaos, deuxième sage_; _Le Chevalier du Soleil_; _Le Suprême Commandeur des astres, etc._; _Le Souverain des Souverains_; _Le Prince Talmudin_; _Le Souverain Prince Zakdim_; _Le Souverain Grand-Prince Hasidim, etc._;

Tels sont les grades et les noms bizarres, c’est le moins qu’on puisse dire, qui sont proposés à l’ambition suprême des adeptes de la Franc-Maçonnerie.

Chaque grade a ses _insignes_ et ses _bijoux_ distinctifs. Il y a le _tablier_, la _truelle_, le _maillet_, le _compas_, l’_équerre_, les _cordons en sautoir_, avec _soleil d’or_, et autres emblèmes, etc.

Mais, en vérité, pour des hommes qui professent si haut les théories égalitaires, toute cette hiérarchie de _grades_, _d’insignes_ et de _bijoux_, tous ces hochets de la vanité, sont une étrange contradiction. Plusieurs francs-maçons eux-mêmes en ont fait la remarque; mais les hochets n’en subsistent pas moins, avec toute leur puissance sur ces grands esprits.

Les différentes sociétés maçonniques, dont se compose chacun des trois rites, se nomment _Loges_. Voici quelques-unes de ces loges; il y a:

_La Rose du parfait Silence_; _Saint-Antoine du parfait Contentement_; _La clémente Amitié cosmopolite_; _Le Val d’amour_; _La Jérusalem des Vallées égyptiennes_; _L’heureuse rencontre de l’Union désirée_; _Les Trinosophes_; _Les Théphropotes ou Buveurs de Cendres_; _Julienne aux trois Lions_; _Auguste aux trois Flammes_; _L’Absalon aux trois Orties_; _Caroline aux trois Étoiles_; _Minerve aux trois Palmiers_; _Libanon aux trois Cèdres, etc._;

Les Dignitaires des loges sont plus ou moins nombreux; il y a:

_Le Vénérable_; _Le Très-Respectable_; _Le Frère Sacrificateur_; _Le Frère Terrible_; _Les Frères surveillants_; _Le Grand Expert_; _Le Grand Orateur_; _Le Tuileur_; _Le Maître des Cérémonies, etc._

Tels sont les noms, pompeux ou grotesques, qui se rencontrent sans cesse dans les journaux des francs-maçons, et dans les récits des _tenues_ maçonniques, ainsi qu’ils appellent leurs séances. Car les francs-maçons ont une langue à eux, qui n’est pas celle des _profanes_, pour dire autrement les mêmes choses. Ainsi, l’orateur d’une loge maçonnique ne prononce pas un discours, mais un _morceau d’architecture_;--un franc-maçon ne mange pas, il _mastique_;--son verre n’est pas un verre, mais _un canon_;--et son assiette une _tuile_;--et son couteau _un glaive_;--_charger_, en terme de table, c’est mettre du vin dans son verre;--une loge n’interrompt pas ses séances, elle _se met en sommeil_;--une circulaire maçonnique s’appelle une _planche_;--un compte rendu est un _tracé_;--les applaudissements sont des _batteries_;--et les banquets des _travaux de table_.

Les _cérémonies_, les _signes_, les _marches_, les _contre-marches_, les _honneurs funèbres_, les _travaux de table_, les _batteries_, etc., tout cela est réglé par les rituels maçonniques dans le plus minutieux détail, et demande assurément aux initiés une grande étude. Ils doivent, ces hommes graves, ces pères de famille, ces honorables commerçants, ces avocats, ces magistrats, ces membres des assemblées délibérantes, passer de longues heures à apprendre les cahiers de leurs grades, les prescriptions de leurs rituels, le mysticisme de leurs emblèmes, et tout ce qui compose enfin le culte, la religion des francs-maçons, car c’est ainsi qu’ils l’appellent eux-mêmes; ces hommes qui veulent éclairer le genre humain et le débarrasser de ce qu’ils nomment _superstitions_, ont eux-mêmes leurs _temples_, leurs _autels_, leurs _sacrificateurs_, leur _baptême_, leurs _sacrements_ et leurs _mystères_.

Entrons plus avant dans l’institution.