‹ Étude sur la Franc-MaçonnerieChapitre 9 sur 27 · L’ABANDON DE TOUTE MORALE.

L’ABANDON DE TOUTE MORALE.

C’est ce qui a été expressément déclaré dans la R∴ L∴ _La Rose du parfait silence_, à Paris. A cette question en effet: «L’instruction religieuse doit-elle être supprimée? Sans aucun doute, fut-il répondu; et l’orateur de la R∴ L∴ développa en ces termes cette réponse:

«_Le principe d’autorité surnaturelle_, c’est-à-dire la foi en Dieu, _ENLÈVE A L’HOMME SA DIGNITÉ; est inutile pour discipliner les enfants; et il est même susceptible de LES CONDUIRE A L’ABANDON DE TOUTE MORALE_.»

«_Le respect dû spécialement à l’enfant_, ajouta-t-il, _interdit de lui inculquer des doctrines QUI TROUBLENT SA RAISON[58]_.»

[58] _Ibid._, octobre 1866, p. 372, 373.

Veut-on un autre témoignage? Je lis encore ceci dans _le Monde-Maçonnique_[59]:

[59] T. XIII, mai 1870, p. 40.

«La R∴ Loge les _Amis de l’Ordre_, Orient de Paris, a posé dernièrement la question suivante:

«_Quelle éducation un Maçon doit-il donner à ses enfants?_»

«Tous les orateurs se sont montrés partisans d’une éducation libre, _laïque_, indépendante de l’étroitesse de l’enseignement religieux.»

Et _le Monde-Maçonnique_ cite en entier un de ces discours, dont j’extrais le passage suivant:

«Plus de cette instruction _bâtarde, faussée, basée sur des dogmes surannés..._ Cette méthode d’élever nos enfants a trop duré; _il est temps, grand temps qu’elle finisse..._ La base sur laquelle il faut fonder l’instruction de nos enfants, la voici: Apprenons-leur à admirer, à étudier les grands phénomènes de la nature, et l’orateur ajoute: «sans nous trop soucier de quel nom nous devons décorer ces belles choses[60].»

[60] _Ibid._, p. 14, 15.

Mais voici un sentiment plus paternel encore, et qui inspire ces Messieurs dans l’éducation de leurs enfants:

«La Maçonnerie», disait le F∴ Massol, dans une des séances de la session maçonnique _internationale_ tenue en Juillet 1867, «doit être et n’est qu’une école de morale, _indépendante de tous les dogmes religieux_. J’ai élevé des enfants, mais je ne leur ai jamais menti. CHAQUE FOIS QU’ILS M’ONT DEMANDÉ CE QUE C’ÉTAIT QUE DIEU, JE LEUR AI RÉPONDU: «JE N’EN SAIS RIEN.» C’EST AINSI QUE J’EN AI FAIT DES HOMMES[61].»

[61] _Le Monde-Maçonnique_, août 1867, p. 196-197.

Voici du reste comment dans une poésie maçonnique du F∴ Lachambaudie, lue dans un banquet maçonnique, est traité le catéchisme chrétien:

«Quel est ce livre élémentaire? «De superstitions, où la raison s’altère, «C’est un tissu. . . . . .»[62]

[62] _Ibid._, avril 1867, p. 722.

Les Loges belges ne se sont pas laissé devancer ici par les Loges françaises. Ainsi, en 1864, le _Grand-Orient_ de Belgique,--je ne cite pas, on le voit, du minces autorités maçonniques,--mit la même question _à l’ordre du jour_ de toutes les Loges de l’Obédience; les Loges lui répondirent, et voici jusqu’où la Loge d’Anvers en particulier ne craignait pas d’aller dans sa réponse:

«L’ENSEIGNEMENT DU CATÉCHISME EST LE PLUS GRAND OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS DE L’ENFANT.

«L’INTERVENTION DU PRÊTRE _dans l’enseignement PRIVE LES ENFANTS DE TOUT ENSEIGNEMENT MORAL, logique et rationnel_[63].»

[63] _Journal de Bruxelles_, 28 novembre 1864.--Cité par M. Neut, t. I, p. 347.

Des diverses réponses envoyées par les Loges de son obédience au Grand-Orient de Belgique sortit donc un projet de loi en vingt-trois articles, dont l’art. 1er disait: SUPPRESSION DE TOUTE INSTRUCTION RELIGIEUSE; et l’art. 2: OBLIGATION POUR LE PÈRE ET POUR LA MÈRE VEUVE, de conduire DE FORCE ses enfants à l’école.

Que l’on remarque bien la connexion redoutable de ces deux articles. Ainsi donc, si les vœux de ces grands libéraux sont exaucés, la loi FORCERA le père, la mère, la mère veuve, à conduire ses enfants à une école où toute instruction religieuse sera supprimée.

Et voilà pourquoi à Paris comme à Bruxelles on réclame si ardemment l’enseignement laïque, gratuit et obligatoire: «C’est sur cette question que doivent se concentrer tous les efforts de la Franc-Maçonnerie[64]», dit le _Monde-Maçonnique_; et pourquoi? Les Loges belges ne l’ont pas dissimulé: Pour que l’enfant soit élevé--DE FORCE--sans Dieu et sans aucune religion.

[64] _Le Monde-Maçonnique_, octobre 66, p. 358.

Et la _Chaîne d’Union_, journal maçonnique de Londres, répondant à la Loge d’Anvers, au Grand-Orient de Belgique, et à _La Rose du parfait silence_ de Paris, en donnait la raison: elle déclarait que l’éducation religieuse est un poison, et demandait, en conséquence «que les parents _S’ENGAGEASSENT à soustraire leurs enfants AU VIRUS de l’éducation religieuse_[65]».

[65] _Ibid._, 1er mai 1866.

Ainsi donc l’enfant N’APPARTIENDRA PLUS A SES PARENTS; et la loi les FORCERA de l’envoyer à des écoles, desquelles Dieu et tout enseignement religieux sera banni.

Certes, s’il y a une odieuse, une exécrable tyrannie, c’est bien celle-là. Aussi, M. Ledru-Rollin lui-même, un jour, a-t-il trouvé, pour la flétrir, les énergiques paroles que voici: «Y a-t-il une souffrance plus grande pour l’individu que la déportation de ses fils dans les écoles qu’il regarde comme des lieux de perdition, que cette conscription de l’enfance traînée violemment dans un camp ennemi, et pour servir l’ennemi?[66]»

[66] Dit au Corps législatif, et cité par M. Neut, t. I, p. 350.

Eh bien, c’est là, on ne saurait trop le redire, c’est sur ce point capital de l’enseignement OBLIGATOIRE ET ATHÉE, que la Maçonnerie en Belgique et en France, déploie aujourd’hui ses plus grands efforts. Le _Monde-Maçonnique_ le déclarait tout à l’heure; et ailleurs encore il s’écriait: «Un champ immense est ouvert à notre activité. L’ignorance et la superstition pèsent sur le monde; créons des _écoles_, des _chaires_, des _bibliothèques_.»

Aussi, car MM. les Francs-Maçons sont gens qui agissent en même temps qu’ils parlent, la Maçonnerie adopte, comme elle dit, des enfants, et je ne suis pas surpris de lire, dans le _procès-verbal du protectorat international maçonnique_, qui a terminé, le 27 juillet 1867, la session organisée par les loges écossaises, les paroles que voici:

«Soixante-dix-neuf enfants venaient, accompagnés de leurs familles, demander à la Maçonnerie asile et protection; soixante-dix-neuf enfants dont l’intelligence ne sera pas EMPOISONNÉE _par des théories rétrogrades_; soixante-dix-neuf enfants, POUR LA PLUPART DES FILLES, qui sèmeront _nos idées_ dans le champ fécond de l’avenir.»

D’autre part, le convent maçonnique de 1870 prit, à l’unanimité, la décision suivante[67]:

[67] _Le Monde-Maçonnique_, t. X, p. 267.

«La Maçonnerie française s’associe aux efforts faits dans notre pays pour rendre l’instruction gratuite, obligatoire et _laïque_[68].» _Laïque_; non pas seulement donnée par des laïques, mais, séparée de toute religion[69].

[68] _Le Monde-Maçonnique_, mai 1870, p. 202.

[69] C’est ce que ne débrouillait pas très-bien ce brave ouvrier dont on me racontait ces jours-ci l’histoire: «Je veux, disait-il aux frères, en leur amenant son petit garçon, que mon fils reçoive une instruction laïque.» «Mais alors, lui dirent les chers frères, ce n’est pas à nous qu’il faut le confier.» «Oh! si fait, répondit le brave homme, je veux que mon fils reçoive une instruction laïque, comme on dit au Conseil municipal; mais je veux tout de même aussi qu’il soit élevé comme moi par les frères.»

«On sait, ajoute le _Monde-Maçonnique_, que cette décision dut être renvoyée à M. Jules Simon pour qu’il l’appuyât au Corps législatif.»

De même en Belgique, à la grande fête solsticiale-nationale célébrée à Bruxelles, le F. Bourlard s’écriait: «Quand des ministres viendront annoncer au pays comment ils entendent organiser l’éducation du peuple, je m’écrierai: A MOI MAÇON! A MOI LA QUESTION DE L’ENSEIGNEMENT; A MOI L’EXAMEN, A MOI LA SOLUTION!» (Applaudissements)[70].

[70] M. Neut, t. I, p. 306.

Et ce prosélytisme impie a été solennellement pratiqué en Belgique et en France. A Bruxelles, le 10 octobre 1865, lors de l’inauguration d’une statue érigée au Grand-Maître de la Franc-Maçonnerie belge, M. Verhaegen, la Maçonnerie eut l’audace de faire venir là les enfants des écoles communales, et de faire chanter à ces enfants les strophes athées que voici:

LE CHŒUR

Ouvrez, ouvrez toutes les portes; Le monument s’est élargi Pour laisser entrer les cohortes De l’_enseignement affranchi!_

PREMIER GROUPE

Ce temple de l’intelligence Marque au progrès une ère immense QUEL EST SON TEMPLE?

SECOND GROUPE

_La science._

PREMIER GROUPE

QUEL EST SON DIEU?

SECOND GROUPE

_La liberté._

PLUS DE DOGME, _aveugle lien_! PLUS DE JOUGS, TYRANS, NI MESSIES!

CHŒUR GÉNÉRAL

Élève et maître, il faut qu’ensemble nous dotions De mâles générations LES PROCHAINES DÉMOCRATIES[71].

[71] Cité par M. Neut, t. I, p. 362.

Ces doctrines, hélas! ont fait et font chaque jour leur chemin; et à Paris, pendant la Commune, à laquelle, nous l’avons vu, la Maçonnerie témoigna de si étranges sympathies, n’a-t-on pas fait monter dans la chaire de Saint-Sulpice un enfant de douze ans, proclamant, aux applaudissements d’un peuple en délire, qu’il n’y a pas de Dieu?