‹ Excelsior: Roman parisienChapitre 6 sur 41 · VI

VI

FIANCÉS

--Vous ne savez pas, ma chère, disait à Mlle de Vannes le jeune duc de Largeay, petit bellâtre insipide, empesé comme un faux-col et raide comme un échalas, vous ne savez donc pas?

--Quoi? fit Blanche d'un air distrait et quelque peu ennuyé, sans regarder son noble fiancé.

--Eh bien! cet espèce de polisson qui vous regardait l'autre jour à l'église d'une façon si impertinente...

--N'en dites pas de mal, cher duc, il est très bien.

--Ah! quel bon goût, ma chère, enfin, laissez-moi vous finir mon histoire.

--Faites, mais faites vite.

--Je l'ai rencontré tout à l'heure.

--Je regrette de ne pas avoir eu la même chance.

--Vous êtes aimable... je sais son nom.

--Vous êtes bien heureux.

--Jacques de Mérigue.

--Tiens, un joli nom.

--Vous trouvez?

--C'est tout ce que vous aviez à m'apprendre?

--Ah! mais non... un peu de patience.

--Vous voyez que je n'en manque pas.

--Ce Mérigue est l'étonnant candidat qui a signé les affiches extraordinaires dont tout le monde parle.

Blanche, à ces mots, prêta une attention plus soutenue aux paroles de son fiancé.

--Vous dites? interrogea-t-elle.

--Ce Mérigue, votre insolent admirateur, n'est autre chose que ce candidat qui fait tant de bruit.

--Tiens, tiens; mais il devient tout à fait intéressant, ce jeune homme.

--Quoi! ce malotru qui a osé...

--Ta, ta, ta, pas de gros mots; pourquoi lui en voudrais-je de me trouver bien? Est-ce que vous ne dites pas comme lui, par hasard?

--Ma chère, si je ne croyais de manquer au respect que je vous dois...

--Ne craignez rien, allez, j'ai bon dos.

--Je vous dirais...

--Pas de conditionnel.

--Que vos réflexions frisent l'impertinence.

--C'est un point de vue.

--Et je ne comprends guère qu'à un mois de notre mariage...

--Un mois!... qui vous a dit cela?

--Mais je croyais... pardon!

--Vous êtes bien pressé.

--Quel changement soudain.

--Vous enterrez bien vos vies de garçon, vous autres...

--Mais, chère amie, je ne suppose pas que vous ayez à faire une opération du même genre...

--Chi lo sa?

--Je ne comprends pas l'hébreu, ma chère.

--S'il n'y avait que l'hébreu!...

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