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Chapitre 28 Il vaut mieux faire envie que pitié

Cherchons la lumière de ce côté. Le mot mieux, magis, est si lumineux ! Melius est magis. « Il vaut mieux », dit Tobie, « faire l’aumône que d’empiler des trésors. » Evidemment ce n’est pas cela que nous cherchons. « Il vaut mieux », dit David, « être abject dans la maison de Dieu que d’habiter les tabernacles des pécheurs. » Nous n’y sommes pas encore. Continuons à feuilleter le Saint Livre. « Les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, » dit Jésus à Nicodème. Ah ! cette fois, je crois que nous approchons. Un peu plus loin, Jésus dit encore qu’il y en a qui « aiment mieux la gloire des hommes que la gloire de Dieu ». Inutile de chercher plus longtemps, nous y sommes en plein.

Les phraseurs ont assez souvent parlé des ténèbres de l’envie et, par opposition, on a voulu faire croire aux imbéciles que la pitié avait, au contraire, quelque chose de radieux. D’autre part il est naturel de préférer la gloire humaine qui rapporte de l’argent et qui fait courir les jolies femmes, à la gloire de Dieu qui ne procure, on l’a beaucoup vu, que la misère et l’humiliation. Notre choix n’est pas douteux. Nous laisserons les autres nous envier tant qu’ils voudront dans leurs ténèbres, et nous garderons la lumineuse pitié pour nous-mêmes, considérant avec sagesse qu’il vaut mieux tenir que quérir et qu’étant des êtres périssables et de durée incertaine, il importe de se donner immédiatement toutes les consolations possibles, les pauvres dussent-ils en crever d’envie.

Le Miserere des défunts est une sottise poétique. Les amateurs de liturgie se plaisent à imaginer que la mort n’existe pas, qu’il y a une autre vie très changée, où les riches qui se sont beaucoup amusés peuvent avoir besoin de pitié quand on a porté leurs carcasses au cimetière. Eh ! bien, nous croyons à la mort, nous autres, à la vraie mort intégrale, sans résurrection ni purgatoire. Nous l’appellerons de tous nos vœux, quand nous ne pourrons plus jouir, et nous la voudrons éternelle.

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