‹ Fables de La FontaineChapitre 10 sur 238 · IX

IX

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS.

Autrefois le rat de ville Invita le rat des champs, D'une façon fort civile, A des reliefs d'ortolans.

Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis. Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête: Rien ne manquoit au festin; Mais quelqu'un troubla la fête Pendant qu'ils étoient en train.

A la porte de la salle Ils entendirent du bruit: Le rat de ville détale; Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire. Rats en campagne aussitôt; Et le citadin de dire: Achevons tout notre rôt.

C'est assez, dit le rustique; Demain vous viendrez chez moi. Ce n'est pas que je me pique De tous vos festins de roi;

Mais rien ne vient m'interrompre, Je mange tout à loisir. Adieu donc. Fi du plaisir Que la crainte peut corrompre!

[Illustration]

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