XIII
LES VOLEURS ET L'ANE.
Pour un âne enlevé deux voleurs se battoient: L'un vouloit le garder, l'autre le vouloit vendre. Tandis que coups de poings trottoient, Et que nos champions songeoient à se défendre, Arrive un troisième larron Qui saisit maître Aliboron[6]. L'âne, c'est quelquefois une pauvre province: Les voleurs sont tel et tel prince, Comme le Transylvain, le Turc et le Hongrois. Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois: Il est assez de cette marchandise. De nul d'eux n'est souvent la province conquise: Un quart[7] voleur survient, qui les accorde net En se saisissant du baudet.
[6] _Maître Aliboron_, expression usitée autrefois pour désigner un âne, ou un ignorant. Rabelais, liv. III, chap. XX, appelle un avocat _maître Aliborum._
[7] Pour _un quatrième voleur._
[Illustration]
[Illustration]