‹ Fables de La FontaineChapitre 170 sur 238 · III

III

LE SINGE ET LE LÉOPARD.

Le singe avec le léopard Gagnoient de l'argent à la foire. Ils affichoient chacun à part. L'un d'eux disoit: Messieurs, mon mérite et ma gloire Sont connus en bon lieu. Le roi m'a voulu voir; Et si je meurs, il veut avoir Un manchon de ma peau, tant elle est bigarrée, Pleine de taches, marquetée, Et vergetée, et mouchetée. La bigarrure plaît: partant chacun le vit. Mais ce fut bientôt fait, bientôt chacun sortit. Le singe de sa part disoit: Venez, de grâce; Venez, messieurs: je fais cent tours de passe-passe Cette diversité dont on vous parle tant, Mon voisin léopard l'a sur soi seulement: Moi je l'ai dans l'esprit. Votre serviteur Gille, Cousin et gendre de Bertrand, Singe du pape en son vivant, Tout fraîchement en cette ville Arrive en trois bateaux, exprès pour me parler: Car il parle, on l'entend: il sait danser, baller, Faire des tours de toute sorte, Passer en des cerceaux; et le tout pour six blancs: Non, messieurs, pour un sou: si vous n'êtes contents, Nous rendrons à chacun son argent à la porte.

Le singe avoit raison. Ce n'est pas sur l'habit Que la diversité me plaît; c'est dans l'esprit: L'une fournit toujours des choses agréables; L'autre en moins d'un moment lasse les regardants. Oh! que de grands seigneurs, au léopard semblables, N'ont que l'habit pour tous talents!

[Illustration]

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