V
L'ÉCOLIER, LE PÉDANT ET LE MAITRE D'UN JARDIN.
Certain enfant qui sentoit son collége, Doublement sot et doublement fripon Par le jeune âge et par le privilége Qu'ont les pédants de gâter la raison, Chez un voisin déroboit, ce dit-on, Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne, Des plus beaux dons que nous offre Pomone Avoit la fleur, les autres le rebut: Chaque saison apportoit son tribut, Car au printemps il jouissoit encore Des plus beaux dons que nous présente Flore. Un jour dans son jardin il vit notre écolier, Qui, grimpant sans égard sur un arbre fruitier, Gâtoit jusqu'aux boutons, douce et frêle espérance, Avant-coureurs des biens que promet l'abondance: Même il ébranchoit l'arbre, et fit tant à la fin Que le possesseur du jardin Envoya faire plainte au maître de la classe. Celui-ci vint, suivi d'un cortége d'enfants: Voilà le verger plein de gens Pires que le premier. Le pédant, de sa grâce, Accrut le mal en amenant Cette jeunesse mal instruite: Le tout, à ce qu'il dit, pour faire un châtiment Qui pût servir d'exemple, et dont toute sa suite Se souvînt à jamais comme d'une leçon. Là-dessus il cita Virgile et Cicéron, Avec force traits de science. Son discours dura tant, que la maudite engeance Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.
Je hais les pièces d'éloquence Hors de leur place, et qui n'ont point de fin, Et ne sais bête au monde pire Que l'écolier, si ce n'est le pédant. Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire, Ne me plairoit aucunement.
[Illustration]