‹ Fables de La FontaineChapitre 193 sur 238 · VII - L'ARAIGNÉE ET L'HIRONDELLE.

VII - L'ARAIGNÉE ET L'HIRONDELLE.

O Jupiter, qui sus de ton cerveau, Par un secret d'accouchement nouveau, Tirer Pallas, jadis mon ennemie, Entends ma plainte une fois en ta vie! Progné me vient enlever les morceaux; Caracolant, frisant l'air et les eaux, Elle me prend mes mouches à ma porte: Miennes je puis les dire; et mon réseau En seroit plein sans ce maudit oiseau: Je l'ai tissu de matière assez forte. Ainsi, d'un discours insolent, Se plaignoit l'araignée autrefois tapissière, Et qui lors étant filandière Prétendoit enlacer tout insecte volant. La sœur de Philomèle, attentive à sa proie, Malgré le bestion happoit mouches dans l'air, Pour ses petits, pour elle, impitoyable joie, Que ses enfants gloutons, d'un bec toujours ouvert, D'un ton demi-formé, bégayante couvée, Demandoient par des cris encor mal entendus. La pauvre aragne n'ayant plus Que la tête et les pieds, artisans superflus, Se vit elle-même enlevée: L'hirondelle, en passant, emporta toile, et tout, Et l'animal pendant au bout.

Jupin pour chaque état mit deux tables au monde: L'adroit, le vigilant, et le fort, sont assis A la première; et les petits Mangent leur reste à la seconde.

[Illustration]

[Illustration]