‹ Fables de La FontaineChapitre 216 sur 238 · V

V

LE VIEUX CHAT ET LA JEUNE SOURIS.

Une jeune souris, de peu d'expérience, Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence, Et payant de raisons le Rominagrobis: Laissez-moi vivre: une souris De ma taille et de ma dépense Est-elle à charge en ce logis? Affamerois-je, à votre avis, L'hôte et l'hôtesse, et tout leur monde? D'un grain de blé je me nourris: Une noix me rend toute ronde. A présent je suis maigre; attendez quelque temps; Réservez ce repas à messieurs vos enfants. Ainsi parloit au chat la souris attrapée. L'autre lui dit: Tu t'es trompée: Est-ce à moi que l'on tient de semblables discours? Tu gagnerois autant de parler à des sourds. Chat, et vieux, pardonner! cela n'arrive guères. Selon ces lois, descends là-bas; Meurs, et va-t'en, tout de ce pas, Haranguer les sœurs filandières: Mes enfants trouveront assez d'autres repas. Il tint parole.

Et pour ma fable, Voici le sens moral qui peut y convenir: La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir; La vieillesse est impitoyable.

[Illustration]

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