VII
LA CHAUVE-SOURIS, LE BUISSON ET LE CANARD.
Le buisson, le canard et la chauve-souris, Voyant tous trois qu'en leur pays Ils faisoient petite fortune, Vont trafiquer au loin, et font bourse commune. Ils avoient des comptoirs, des facteurs, des agents Non moins soigneux qu'intelligents, Des registres exacts de mise et de recette. Tout alloit bien, quand leur emplette, En passant par certains endroits Remplis d'écueils et fort étroits, Et de trajet très-difficile, Alla tout emballée au fond des magasins Qui du Tartare sont voisins. Notre trio poussa maint regret inutile; Ou plutôt il n'en poussa point: Le plus petit marchand est savant sur ce point: Pour sauver son crédit, il faut cacher sa perte. Celle que, par malheur, nos gens avoient soufferte Ne put se réparer: le cas fut découvert. Les voilà sans crédit, sans argent, sans ressource, Prêts à porter le bonnet vert. Aucun ne leur ouvrit sa bourse. Et le sort principal, et les gros intérêts, Et les sergents, et les procès, Et le créancier à la porte Dès devant la pointe du jour, N'occupoient le trio qu'à chercher maint détour Pour contenter cette cohorte. Le buisson accrochoit les passants à tous coups. Messieurs, leur disoit-il, de grâce, apprenez-nous En quel lieu sont les marchandises Que certains gouffres nous ont prises. Le plongeon sous les eaux s'en alloit les chercher. L'oiseau chauve-souris n'osoit plus approcher Pendant le jour nulle demeure: Suivi de sergents à toute heure, En des trous il s'alloit cacher.
Je connois maint detteur, qui n'est ni souris-chauve, Ni buisson, ni canard, ni dans tel cas tombé, Mais simple grand seigneur, qui tous les jours se sauve Par un escalier dérobé.
[Illustration]
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