‹ Fables de La FontaineChapitre 53 sur 238 · XI - XII

XI - XII

LE RENARD ET LES RAISINS.

Certain renard gascon, d'autres disent normand, Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille Des raisins, mûrs apparemment, Et couverts d'une peau vermeille. Le galant en eût fait volontiers un repas; Mais comme il n'y pouvoit atteindre: Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.

Fit-il pas mieux que de se plaindre?

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LE CYGNE ET LE CUISINIER.

Dans une ménagerie De volatiles remplie Vivoient le cygne et l'oison: Celui-là destiné pour les regards du maître; Celui-ci pour son goût: l'un qui se piquoit d'être Commensal du jardin; l'autre, de la maison. Des fossés du château faisant leurs galeries, Tantôt on les eût vus côte à côte nager, Tantôt courir sur l'onde, et tantôt se plonger, Sans pouvoir satisfaire à leurs vaines envies. Un jour, le cuisinier, ayant trop bu d'un coup, Prit pour oison le cygne; et, le tenant au cou, Il alloit l'égorger, puis le mettre en potage. L'oiseau, près de mourir, se plaint en son ramage. Le cuisinier fut fort surpris, Et vit bien qu'il s'étoit mépris. Quoi! je mettrois, dit-il, un tel chanteur en soupe! Non, non, ne plaise aux dieux que jamais ma main coupe La gorge à qui s'en sert si bien.

Ainsi dans les dangers qui nous suivent en croupe Le doux parler ne nuit de rien.

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