Chapitre 1 Mes débuts dans la presse
Lorsque complètement dégoûté des turpitudes de ce séminaire et bien décidé à plaquer l’état ecclésiastique auquel me destinaient mes parents, je réussis enfin à m’évader de l’établissement, se dressa devant moi, âpre et désolé, le problème de la vie à gagner.
Je détenais sur moi un léger pécule, où le cuivre jouait un rôle plus considérable que l’argent et d’où l’or et le papier semblaient bannis comme à plaisir.
Un ami d’enfance que je rencontrai m’indiqua :
— Il y a un imprimeur que je connais et qui désire fonder un petit journal local ; son absence à peu près complète d’orthographe le pousse à prendre un rédacteur affublé, comme dit Laurent Tailhade 1, de vagues humanités. Consentirais-tu à devenir cet homme ?
— Je suis l’homme de cette place, n’en doute pas, je serai the right man in the right place.
— Alors, viens, je vais te présenter.
L’homme en question était une excellente pâte d’imprimeur jovial et muni de grosses moustaches grisonnantes. Son accueil fut charmant :
— Un fait divers, un simple fait divers, sauriez-vous le rédiger ?
En mon for intérieur, je haussai les épaules.
Le clairvoyant typo insista :
— Oui, un fait divers, mais pas un fait divers comme on les écrit dans les petits canards provinciaux. Moi, dans mon journal, je veux des faits divers qui ne ressemblent pas à ceux des autres.
— Désirez-vous m’essayer ?
— Volontiers, tenez, asseyez-vous à mon bureau et écrivez-nous une vingtaine de lignes sous ce titre : « Imprudence d’un fumeur ».
Cinq minutes n’étaient pas écoulées que je lui remettais mon papier.
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