CCLXXIX - CCLXXX - CCLXXXI
VILLÉGIATURES
Les turbans excessifs que portait Madame X... Et d’autres attributs de même provenance Sont chez la revendeuse, au coin du quai. Je pense Qu’elle-même fait les cent pas au bord du Styx.
REPOS JUDICIEUX
Couché dans ce verger mollement gazonné, Pourquoi donc songerais-je à grapiller la treille Lourde de fruits, ou même à rimer un sonnet? Je sommeille, attendant que Laure me réveille.
THE RAVEN
Je croyais, en ouvrant toute grande ma porte, Voir l’ange aux yeux d’azur qui brandit un flambeau, Mais la nuit m’apparaît, silencieuse et morte, Sans lune.--Sur mon seuil, pas même le corbeau!
CCLXXXII
PORTRAIT DE BÊTE
Armature de fer, pattes de caoutchouc, Cuir laineux et malsain, gaufré par mille plaies, Bête de cauchemar qui ne semble pas vraie, Avec sa cloche au cou.--C’est le chameau mandchou.
CCLXXXIII
DANGER
Fût-ce dans ton appartement le plus secret, Garde-toi de penser: «En ce moment, personne Ne me voit.» Pour l’esprit il n’est rien de sacré, Il n’est rien que l’esprit ne sache ou ne soupçonne.
CCLXXXIV
MOTIF DE SÉRÉNADE
Malgré le ciel d’un bleu si rare, Si précieux, il manque un chant de rossignol Et le froissement doux des guitares A ce soir Si divin qu’on le dirait espagnol. J’y voudrais voir La lune, cependant l’air est clair Et ces lanternes ont bel air; Mais ne faudrait-il pas quelque pierrot de neige, Quelque bourgeois en travesti Comique à ce cortège Où notre amour se divertit? Je voudrais aussi des tambours de basque, Des marottes tintantes, des sequins, Des loups, des masques Et des manteaux d’Arlequin, Tout de même qu’à votre face, Miroir divers de la frivolité, Je voudrais que se pût découvrir une trace Plus sensible de volupté.