Scène V
Les Mêmes, RENAUD, PAUL.
RENAUD et PAUL, ensemble, se montrant.
Votre humble serviteur !
COLETTE, effrayée et ravie.
Votre humble serviteur ! Ah !… ce n’est pas trop tôt.
RENAUD, s’excusant.
Nous eûmes en chemin, un accident d’auto.
LUCIENNE, inquiète.
Vrai ?
COLETTE, en grondant.
Vrai ? Défaite honorable… Inutile de feindre.
PAUL.
Mais d’arriver si tard, sommes-nous pas à plaindre !
LUCIENNE, à Paul.
Voyez ce temps perdu…
PAUL, à Lucienne, lui offrant le bras.
Voyez ce temps perdu… Vite, acceptez mon bras.
COLETTE, à Renaud qui fait le même geste.
On ne sait si l’on doit vous croire, scélérats ?
Car nous nous morfondions, seules, en votre absence.
LUCIENNE, à Colette.
Il ne faut pas, tout haut, dire ce que l’on pense.
RENAUD, implorant.
Nous allons mériter votre absolution.
PAUL.
Vous nous suivez ?
RENAUD, d’un ton ce commandement.
Vous nous suivez ? Par le flanc droit, conversion.
Les couples amoureux, tous, s’ils voulaient m’en croire,
Puisqu’on dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire,
Devraient vivre en province, obscurs, presque ignorés.
COLETTE.
Sans fortune, comment faire ?
RENAUD.
Sans fortune, comment faire ? Vous le verrez.
Paris ne compte pas, voyez-vous, quand on s’aime.
Être à soi, rien qu’à soi, mais c’est le bonheur même,
Sans trop d’ambition que de s’appartenir.
Dans le passé, dans le présent, dans l’avenir.
Nous ne nous quitterons jamais, c’est pour la vie,
Depuis plus de trois ans que je vous ai suivie,
J’ai fait bien des projets.
COLETTE.
J’ai fait bien des projets. J’écoute et je vous crois.
RENAUD.
Àquoi bon des calculs et des règles de trois !
Faut-il donc tant d’argent pour se mettre en ménage.
N’en demandons pas trop. Faire un beau mariage
C’est prendre un bon mari, je serai celui-là.
COLETTE.
Pour un bel officier, l’avenir que voilà
Trop modeste, aurait peu de quoi vous satisfaire.
Je suis pauvre et n’ai point la dot réglementaire,
Résignons-nous.
RENAUD.
Résignons-nous. Non pas, l’admirable façon
De rester tous les deux, vous fille et moi, garçon.
Je prétends m’insurger contre la loi barbare,
Je veux me marier, si c’est un goût bizarre
Blâmez-moi.
Blâmez-moi. Mes amis, êtes-vous du complot ?
LUCIENNE ET PAUL.
Nous en sommes, Lucienne a gagné le gros lot.
RENAUD.
Vous…
COLETTE, l’interrompt, à tous.
Vous… Soyez attentifs, au sujet que j’aborde !
Tu demandes sa main, c’est bien je te l’accorde.
Ne rougis pas, Lucienne, il fera ton bonheur
Enfin, je serai donc demoiselle d’honneur.
PAUL.
Avec Renaud ?
COLETTE.
Avec Renaud ? Sans doute et suivant votre exemple…
RENAUD, à Colette.
Je vous choisis pour femme.
COLETTE.
Je vous choisis pour femme. Il me conduit au temple.
Et nos rêves d’amour ainsi réalisés
Tout émus du plaisir enchanteur de ces fêtes
Et de l’accueil flatteur que ce soir vous nous faites
Nous vous offrons à tous des gerbes de baisers.
Marche nuptiale de Mendelsohn.
FIN
Imprimerie Générale de Châtillon-sur-Seine. — A. Pichat.