Scène VIII
Les Mêmes, GOLO.
GOLO, radieux.
Je le tiens !…
SIFROY, effrayé.
Ciel ! des assassins ! (Se cachant derrière Geneviève.) Fais-moi un rempart de ton corps.
GENEVIÈVE.
Calmez-vous, mon doux sire, c’est ce Golo.
GOLO.
Oui, seigneur, c’est encore moi.
SIFROY.
J’ai eu une émotion ! Encore ici !… malgré mes ordres !… Il n’y a donc pas de liberté possible dans mon duché ?…
GOLO.
Excusez, prince, c’est une dépêche.
SIFROY.
Me déranger pour une dépêche dans un moment où j’ai besoin de toute ma tête.
GOLO.
J’ai cru devoir ; elle est de Charles Martel, votre haut et puissant suzerain !
SIFROY.
Charles Martel ?
GOLO.
Dans une heure il arrive, il descend chez vous !
SIFROY.
Nom d’un petit bonhomme, quelle scie !
GENEVIÈVE.
Est-ce que nous le coucherons ?
SIFROY.
Il le faut bien !
GOLO.
Où ? ici, n’est-ce pas ?
GENEVIÈVE.
Oh ! non !… merci ! dans la chambre rouge.
SIFROY.
Oui, dans la chambre rouge. Allez !
GENEVIÈVE.
Vous nous excuserez.
SIFROY.
Vous direz que la fatigue… les affaires ! que nous nous reposons. (Il le reconduit. Fausse sortie.) Ah ! ces dérangements… ces émotions… je digère mal…
GOLO, reparaissant.
C’est au sujet de la chambre rouge… Votre seigneurie a oublié de me donner des draps pour le lit.
SIFROY.
Ah ! des draps, c’est vrai… là, dans l’armoire…
GENEVIÈVE.
La clef, mon ami…
SIFROY, rêveur.
Tiens ! (Geneviève fouille dans une armoire.) Je ne sais plus où j’en suis… tout cela est capable…
GENEVIÈVE, remettant des draps à Golo.
Un gros… un fin… le gros dessous, le fin dessus.
GOLO.
Pas de taie d’oreiller ?
GENEVIÈVE.
Ma foi ! non, pas de taie d’oreiller ?
SIFROY.
Tu diras qu’elles sont à marquer.
GENEVIÈVE.
Vous mettrez du sucre… deux bougies… Allez !
SIFROY.
Vous n’en allumerez qu’une… Allez !