Scène II
GOLO, SIFROY, NARCISSE, au fond.
GOLO.
Seigneur, seigneur !
SIFROY, d’une voix dolente.
Ah ! c’est toi, mon ami, mon fidèle conseiller.
GOLO.
C’est moi, encore moi.
SIFROY.
Ah ! mon pauvre Golo… j’ai eu bien tort d’aller à ce dîner… vois-tu, quand je ne t’écoute pas…
GOLO.
Prince, r’habillez-vous…
SIFROY.
Impossible, mon ami… je n’ai plus de jambes… Bon… ma cornette qui tombe… coiffe-moi… Golo.
GOLO.
C’est inutile ! votre femme…
SIFROY, se levant brusquement, il est en caleçon.
Ma femme ?… quoi ?
GOLO.
Duc, voulez-vous savoir la vérité ?
SIFROY.
Savoir la vérité… ah ! pour un prince ce serait le bonheur… Golo, présente-moi cette noble étrangère.
GOLO.
Eh bien, non, je n’oserai jamais vous dire ça… comme ça… ah ! la poésie relève tout… Narcisse, dis à ton duc ce que tu sais.
NARCISSE.
Vous ne le regretterez pas ?
SIFROY.
Parlez donc, vous m’épouvantez !
NARCISSE, déclamant.
GOLO.
Bien… continue… puise tes exemples dans l’histoire.
NARCISSE.
GOLO.
Dagobert… c’est vous.
SIFROY, assis et passant son haut-de-chausse.
Jour de Dieu !
NARCISSE.
GOLO, à Sifroy.
Saint Éloi, c’est moi.
NARCISSE.
SIFROY, debout, furieux.
S’apercevant qu’il a mis son haut-de-chausses à l’envers.
Allons, bon !… Il faut la remettre à l’endroit. (Il se rajuste, aidé par Narcisse et Golo.) Des détails ! vite… en prose… le nom du misérable !
GOLO.
Drogan !
SIFROY.
Drogan !
NARCISSE.
GOLO.
Au moment où vous avez quitté brusquement madame Geneviève… je l’ai vu.
SIFROY.
Tu m’espionnais donc ?
GOLO.
Oui, prince ! Il a osé pénétrer chez elle sous votre manteau et votre toque. (À part.) Ce n’est peut-être pas vrai, mais je veux la perdre.
SIFROY.
Ah ! et puis ?
GOLO.
Et puis… qu’est-ce qu’il vous faut encore ?
SIFROY.
Jour de Dieu ! ces choses-là n’arrivent qu’à moi !… Quel remède, Golo ?
GOLO.
Un seul… la mort.
SIFROY.
Un suicide, jamais !
GOLO, à part.
Ça ne prend pas… (Haut.) Je veux dire la mort des coupables !
SIFROY.
J’aime mieux ça… c’est dit.
GOLO.
Tope !
SIFROY, lui frappant dans la main.
Tope !… Place dans l’escalier des guerriers à cheval… sur la rampe… et quand ce jeune enfant sortira, qu’une mort prématurée…
GOLO.
Je comprends… bing !… Et madame ?
SIFROY.
Ibidem… Va… (D’un ton calme.) Et maintenant laisse-moi me recoucher… je sens que je suis plus calme ! Quand on a arrangé toutes ses petites affaires, on peut aller se coucher. Je vais me coucher. Bonsoir !
GOLO, bas à Narcisse.
La porte cochère est au-dessous… ne bouge pas d’ici… et surveille par la fenêtre… Je les tiens…
Il sort en courant.