‹ Geneviève de BrabantChapitre 23 sur 61 · Scène II

Scène II

GOLO, SIFROY, NARCISSE, au fond.

GOLO.

Seigneur, seigneur !

SIFROY, d’une voix dolente.

Ah ! c’est toi, mon ami, mon fidèle conseiller.

GOLO.

C’est moi, encore moi.

SIFROY.

Ah ! mon pauvre Golo… j’ai eu bien tort d’aller à ce dîner… vois-tu, quand je ne t’écoute pas…

GOLO.

Prince, r’habillez-vous…

SIFROY.

Impossible, mon ami… je n’ai plus de jambes… Bon… ma cornette qui tombe… coiffe-moi… Golo.

GOLO.

C’est inutile ! votre femme…

SIFROY, se levant brusquement, il est en caleçon.

Ma femme ?… quoi ?

GOLO.

Duc, voulez-vous savoir la vérité ?

SIFROY.

Savoir la vérité… ah ! pour un prince ce serait le bonheur… Golo, présente-moi cette noble étrangère.

GOLO.

Eh bien, non, je n’oserai jamais vous dire ça… comme ça… ah ! la poésie relève tout… Narcisse, dis à ton duc ce que tu sais.

NARCISSE.

Vous ne le regretterez pas ?

SIFROY.

Parlez donc, vous m’épouvantez !

NARCISSE, déclamant.

GOLO.

Bien… continue… puise tes exemples dans l’histoire.

NARCISSE.

GOLO.

Dagobert… c’est vous.

SIFROY, assis et passant son haut-de-chausse.

Jour de Dieu !

NARCISSE.

GOLO, à Sifroy.

Saint Éloi, c’est moi.

NARCISSE.

SIFROY, debout, furieux.

S’apercevant qu’il a mis son haut-de-chausses à l’envers.

Allons, bon !… Il faut la remettre à l’endroit. (Il se rajuste, aidé par Narcisse et Golo.) Des détails ! vite… en prose… le nom du misérable !

GOLO.

Drogan !

SIFROY.

Drogan !

NARCISSE.

GOLO.

Au moment où vous avez quitté brusquement madame Geneviève… je l’ai vu.

SIFROY.

Tu m’espionnais donc ?

GOLO.

Oui, prince ! Il a osé pénétrer chez elle sous votre manteau et votre toque. (À part.) Ce n’est peut-être pas vrai, mais je veux la perdre.

SIFROY.

Ah ! et puis ?

GOLO.

Et puis… qu’est-ce qu’il vous faut encore ?

SIFROY.

Jour de Dieu ! ces choses-là n’arrivent qu’à moi !… Quel remède, Golo ?

GOLO.

Un seul… la mort.

SIFROY.

Un suicide, jamais !

GOLO, à part.

Ça ne prend pas… (Haut.) Je veux dire la mort des coupables !

SIFROY.

J’aime mieux ça… c’est dit.

GOLO.

Tope !

SIFROY, lui frappant dans la main.

Tope !… Place dans l’escalier des guerriers à cheval… sur la rampe… et quand ce jeune enfant sortira, qu’une mort prématurée…

GOLO.

Je comprends… bing !… Et madame ?

SIFROY.

Ibidem… Va… (D’un ton calme.) Et maintenant laisse-moi me recoucher… je sens que je suis plus calme ! Quand on a arrangé toutes ses petites affaires, on peut aller se coucher. Je vais me coucher. Bonsoir !

GOLO, bas à Narcisse.

La porte cochère est au-dessous… ne bouge pas d’ici… et surveille par la fenêtre… Je les tiens…

Il sort en courant.

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