Scène X
GENEVIÈVE, PITOU, GRABUGE.
TRIO.
PITOU, GRABUGE.
GENEVIÈVE.
GRABUGE.
GENEVIÈVE.
PITOU et GRABUGE.
GENEVIÈVE.
GRABUGE et PITOU.
BRIGITTE, cachée derrière les broussailles.
GENEVIÈVE.
BRIGITTE.
GENEVIÈVE, aux hommes d’armes qui ont tiré leurs armes.
GRABUGE et PITOU.
GENEVIÈVE, inclinée devant la boîte.
GRABUGE et PITOU, leur sabre à la main.
Ils brandissent leurs sabres, Geneviève tombe à genoux sur la pédale du tronc d’arbre, Drogan apparaît sous le costume de l’Ermite.
DROGAN, voix aiguë.
Pluie et vent, tempête et beau fixe !
PITOU et GRABUGE.
L’Ermite.
Ils viennent se mettre à genou.
DROGAN.
Àgenoux ! tremblez, méchants.
Il les frappe de sa baguette.
PITOU et GRABUGE, épouvantés.
Qu’est-ce que c’est que ça ?
DROGAN.
Ça c’est votre conscience.
PITOU et GRABUGE, se frottant les épaules.
Notre conscience ! Ah ! comme elle bat.
DROGAN.
Ôtez-vous de mes yeux, vous qui souillez de votre présence la belle armure des hommes d’armes… persécuter une jeunesse innocente ! Ah ! dans mes bras, dans mes bras, pauvre enfant.
BRIGITTE, bas à Geneviève.
Ayez confiance, madame, c’est lui, c’est Drogan.
GENEVIÈVE.
Mon Dieu ! est-ce que la veine me reviendrait ?
PITOU et GRABUGE.
Grâce ! pardonnez-nous, bon ermite ! c’était un ordre.
DROGAN.
Jamais !… le complice est aussi criminel que le coupable… et plus coupable que le criminel !… Pensez à votre famille dont vous êtes l’opprobre.
GRABUGE.
Mais je n’ai pas de famille… je suis né chez ma tante.
PITOU.
Et moi, chez ma sœur.
DROGAN.
Eh bien !… et ta sœur, Pitou ?
PITOU.
Elle est blanchisseuse, monsieur l’ermite.
DROGAN.
Et ta tante, Grabuge ?
GRABUGE.
Elle est somnambule !
DROGAN.
Oserez-vous jamais reparaître à leurs yeux, bêtes féroces couvertes du sang d’une pauvre femme, dont la seule faute a été de croire à la générosité de deux cœurs dont les instincts sanguinaires trouveront tôt ou tard un juste châtiment dans les remords qui comme des serpents les dévoreront jusqu’au dernier lambeau, si la main de la justice des hommes n’est venue auparavant les frapper de sa balance inexorable.
Il embrassa les deux femmes.
GRABUGE, en larmes.
Pitou !…
PITOU, en larmes.
Sergent !…
GRABUGE.
Tu me fais horreur !
PITOU.
Sergent ! voulez-vous que je vous dise ? eh bien ! vous me dégoûtez !
Drogan, sorti de la boîte, emmène, sur la pointe du pied, Geneviève et Brigitte, qu’il fait cacher dans la cabane.
GRABUGE.
Nous sommes des monstres ?
PITOU.
Plus que ça… des tigres !
GRABUGE.
Il n’y a plus pour nous qu’un refuge ?
PITOU.
Oui, le tribunal de la Providence.
GRABUGE.
Oui, tu m’as compris ?
PITOU.
Oui, j’ai compris. (Il tire son sabre et va pour s’en frapper. Musique à l’orchestre.) Que ce sabre soit le dernier jour de ma vie !
GRABUGE, lui prenant son sabre.
Non, pas de suicide… ce serait un crime de plus… mais tue-moi… et je te tue après !…
PITOU.
Non, je ne veux pas comme ça, ensemble !… Nous formerons un faisceau ?
Pitou s’empare du sabre de Grabuge. Ils s’embrassent et se mettent chacun la pointe de leur arme sous le bras.
GRABUGE.
Pitou, pense à ma tante, moi je pense à ta sœur.
PITOU.
Qui est blanchisseuse…
GRABUGE.
Et que notre sang retombe sur Golo !
Ils enfoncent leur sabre jusqu’à la garde et tournent sur eux-mêmes.
ENSEMBLE.
Couic !…
Ils chancellent un moment et tombent étendus tout de leur long.
DROGAN, sortant de la hutte avec Geneviève et Brigitte.
Ça y est… Et maintenant, pas une minute à perdre… je vais vous conduire dans une autre grotte, connue de moi seul !
GENEVIÈVE.
Encore marcher !…
BRIGITTE.
Qu’importe, madame, puisqu’elle est connue de lui seul ?
DROGAN.
Et moi, à Paris… chez Sifroy… je vous le ramène. (À part.) Car décidément, il n’y a de tranquillité pour les pages que lorsque les maris sont là… (Haut.) Ah ! attendez, madame.
GENEVIÈVE.
Quoi encore ?
DROGAN.
Vite, une boucle de vos cheveux !
GENEVIÈVE.
Pour qui ?
DROGAN.
Pour le duc.
GENEVIÈVE.
Le duc ? jamais !…
DROGAN.
Mais il me faut absolument une preuve… Ah ! (Il coupe une mèche de cheveux à Grabuge.) La première venue suffira !
Il sort avec les deux femmes.
GRABUGE, pousse un cri et se lève sur son séant.
Pourquoi que tu me tires les cheveux, lâche, puisque je suis mort.
Il donne un coup de poing à Pitou.
PITOU, se relevant aussi.
C’est pas moi, puisque je suis mort aussi.
Il rend le coup de poing.
GRABUGE.
Ah ! tu es mort et tu parles ? tiens !
Même jeu.
PITOU.
Ah ! mais, dites donc, y a plus de grade maintenant !…
Même jeu. Ils s’embrassent et chantent pour finir.