‹ Geneviève de BrabantChapitre 57 sur 61 · Scène VII

Scène VII

Les Mêmes, GENEVIÈVE, BRIGITTE, DROGAN. Drogan a emmené Geneviève par la main et lui a fait signe de se montrer à Sifroy.

DROGAN.

Allez !…

GENEVIÈVE, s’élançant.

Personne, dis-tu ? Si !… moi, Geneviève !

TOUS.

Geneviève ! ! !

GENEVIÈVE.

Oui, Geneviève, ta femme, innocente et persécutée, qui reconnaît en toi son époux et leur maître.

VANDERPROUT.

Diable ! ça pourrait bien être lui…

SIFROY.

Allons ! bon ! méconnu par les vivants et reconnu seulement par ma défunte… Oh ! ma tête, mon Dieu !… Est-ce que je serais réellement mort ?… Mais quand cela me serait-il arrivé ? Ce n’est pas chez les Sarrasins ? Je n’y suis pas allé… Bourgmestre, pincez-moi… aie !

BRIGITTE.

Regardez-la, mon doux sire… Elle est vivante, mal vêtue, mais bien vivante !

DROGAN.

Sauvée par moi des mains de l’infâme Golo.

TOUS.

Drogan, maintenant !

SIFROY.

Drogan ! mais lui aussi a été occis !

DROGAN.

Occis ? Oh !… que non.

SIFROY.

Drogan vivant… Si j’y comprends quelque chose !

DROGAN.

N’essayez pas de comprendre avec votre seule intelligence ; qu’il vous suffise de savoir que Golo est un traître, et que madame Geneviève est innocente et pure…

SIFROY.

Geneviève innocente et pure ?

GENEVIÈVE.

Mais oui, mon ami.

DROGAN.

Vous faut-il une preuve ?

SIFROY.

Ah ! oui, une preuve !

DROGAN.

Tenez !

Il crache par terre en levant la main.

GRABUGE et PITOU.

Ça, c’est une preuve !

MARTEL.

Oui, ça, c’est une preuve !

SIFROY, à Drogan.

Elle est bien bonne !

GRABUGE.

Chargé par ledit Golo d’expédier Madame, nous pouvons le confirmer mieux que quiconque.

SIFROY.

Le misérable !

PITOU.

Dans cette affaire, je crois devoir déclarer que le fusilier Pitou, en préférant se donner le coup de la mort, a déployé un noble cœur.

GRABUGE.

Et moi donc, tu dois parler de moi, d’abord…

PITOU.

Attendez… a déployé un noble cœur, qui a excité l’admiration du sergent Grabuge. Êtes-vous content ?

GRABUGE.

Je suis content… Au fait, non, je suis pas content ; tu me payeras ça !

SIFROY, à Drogan.

Mais toi, si elle est pure, tu es pur aussi !

GENEVIÈVE.

Mais oui, mon ami…

SIFROY.

C’est délicieux.

DROGAN.

Comment ! vous avez pu croire que… je vous avais… moi… vous, mon souverain !… et la hiérarchie ?…

SIFROY.

Ah ! oui, elle est bien bonne ! Oh ! ma Geneviève ! j’oublie tous mes procédés à ton égard… et je te pardonne…

Il presse Geneviève et Drogan sur son cœur. Celui-ci baise la main de Geneviève.

VANDERPROUT, bas à Péterpip.

Bigre de bigre ! Mais je crois que la chance tourne de son côté !

PÉTERPIP.

Nous avons fait un impair !

VANDERPROUT.

Il n’est jamais trop tard pour se retourner. Doublons-nous à la hausse ?… Monseigneur !

SIFROY.

Ah ! c’est vous, coquins !

VANDERPROUT.

Si vous voulez rentrer dans votre bonne ville de Curaçao, vous n’avez que le temps… car à deux heures trois quarts pour la demie, l’infâme Golo doit ceindre définitivement la toque que vous lui avez confiée…

SIFROY.

Ma toque, à deux heures trois quarts pour la demie, est-ce possible ?

DROGAN.

C’est la vérité.

VANDERPROUT.

C’est moi qui devais l’aider dans cette exécrable cérémonie.

SIFROY.

Toi, misérable !

VANDERPROUT.

Moi, misérable ! La chance tournait, n’est-ce pas ? vous étiez mort, j’avais juré à Golo… Vous êtes vivant je vous jure, je n’ai qu’une parole, je la lui retire et je vous la donne.

CHARLES MARTEL.

C’est bien, ça… À Curaçao !

DROGAN.

C’est ça, vous, partez devant… gagnez du temps, traînez la cérémonie jusqu’à mon signal, j’ai mon idée.

VANDERPROUT.

Comptez sur moi, ce n’est pas la première fois que je trahis. (Vanderprout et Péterpip s’en vont.)

SIFROY.

Ô Geneviève, si tu savais comme on s’instruit en voyageant, tu verras…

CHARLES MARTEL.

À Curaçao !

TOUS.

À Curaçao !

CHARLES MARTEL.

Rasons les murs. (Ils s’éloignent.)

PITOU.

Par file à gauche, en avant, arche ! (Il s’en va.)

GRABUGE.

Connu ! Il commande encore… Pitou, vous me ferez quinze jours de salle de police. (Il le suit.)

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