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Une véritable amertume était enfin entrée dans le cœur de Myriam. Auparavant, déjà, elle avait appris à admirer moins Gilles ; elle avait découvert en lui de la faiblesse. Ce qui l’avait fait paraître faible à ses yeux, c’était le remords ou plutôt le dégoût qui lui était venu de son pouvoir sur elle. Maintenant, elle découvrait la rancune et, aussitôt après, l’envie : si elle avait une rivale, elle pouvait, à tout hasard, soupçonner celle-ci d’être moins bien qu’elle. Gilles, sur le quai de la gare de Belfort, lui avait avoué qu’Alice avait quarante ans.
Elle voulut prendre soudain les avantages dont il la privait dans l’esprit des autres. C’était à cette révolte que M Florimond avait fait appel avec une persévérance passionnée ; elle avait montré à Myriam l’injustice du sort qu’elle acceptait. Pourquoi Gilles l’écarterait-il de l’amour, du succès ? Ce dernier argument porta le premier. Certes, il y avait chez Myriam une sensualité qui se rebellait sourdement, mais elle se débattait encore dans l’ombre de Gilles ; tandis que son esprit de lutte devait réagir plus vite à l’aiguillon d’un défi.
Elle était revenue de Belfort avec le sentiment enfin admis d’avoir été depuis toujours trompée par Gilles. La joie avait arraché à celui-ci l’aveu qu’elle aussi bien que lui avait repoussé le plus longtemps possible ; il adorait l’amour, alors qu’il lui avait laissé croire que c’était le cadet de ses soucis. Elle l’avait trouvé au front dans une toute autre mystique que celle qu’il lui avait fait respecter longtemps. Il y avait une revanche à prendre où, du reste, elle pouvait espérer la reconquête de Gilles, une cruelle reconquête.
M Florimond la revit donc dans une toute autre disposition que celle qu’elle avait vainement combattue jusque-là et elle se félicita de ne s’être point laissée rebuter. Elle la supplia de venir dans son salon, mais Myriam restait sauvage. Sa nature combative en se réveillant n’élargissait point ses aptitudes. Elle avait vaguement senti qu’elle décevait les gens par ses silences, son absence de coquetterie et elle n’imaginait point une métamorphose. Par craintes d’épreuves qui lui répugnaient, elle pria plutôt chez elle M Florimond qui y vint de temps en temps avec des amis. Si ce n’étaient pas les plus arrogants ce n’était pas non plus les plus brillants, mais Myriam avait eu en horreur les faux succès de sa mère, racolant des amitiés catholiques et elle avait pris à la Sorbonne un préjugé antibourgeois. Seulement, dans le désarroi de son cœur, elle voulait que quelqu’un, n’importe qui, s’occupât d’elle.