‹ Guide dans les cimetières de ParisChapitre 3 sur 12 · Est

Est

Situation. — À l’extrémité de la rue de la Roquette, sur le boulevard d’Aulnay, à 15 minutes de la Bastille.

Destination. — Ce cimetière est destiné aux III, IV, X, XI, XII et XX arrondissements. Il reçoit aussi les morts pour lesquels on achète des concessions perpétuelles de terrain.

Omnibus. — Couleur jaune, lettre P. — Ligne de la Madeleine à la Bastille, avec correspondance pour Charonne (omnibus partant tous les quarts d’heure.)

Londres a Kensall-green, Pise, le Campo santo, et Paris, le Père-Lachaise, qui vaut en splendeurs et richesses ses rivaux funèbres réunis.

Située sur le sommet le plus élevé des collines qui s’étendent de Belleville à Charonne, la grande cité des morts domine le faubourg Saint-Antoine. Nul site de la capitale n’offre un aspect plus pittoresque, aucun ne jouit de points de vue plus étendus, plus riches ni plus variés.

Àdroite, les colonnes de l’ancienne barrière du Trône ; à gauche, le donjon de Vincennes ; dans le lointain, les rives de la Marne et les bords de la Seine ; et l’œil, planant sur un vaste horizon, tantôt entrevoit les flèches, les tours et les dômes qui hérissent la cité des vivants, tantôt se perd dans la campagne qui étincelle au soleil ou s’ensevelit dans un brumeux linceul.

De longues et majestueuses allées, des chemins sinueux, des arbres antiques, des bosquets jetés çà et là sur le haut du coteau, des monuments groupés en masse ou symétriquement rangés le long des allées, comme des maisons bordant les rues d’une ville, font oublier la destination du lieu.

Nulle émanation putride ne s’exhale de ce séjour, toujours embaumé, durant l’été, du parfum des plus douces fleurs.

Cet endroit porta d’abord le nom de Champ l’Évêque, parce qu’il appartenait à l’évêque de Paris.

Frappé de la beauté du site, un riche épicier y fit bâtir, en 1347, une maison de plaisance, superbe sans doute ou peut-être disproportionnée à la fortune du possesseur, car le peuple lui donna le nom de Folie Regnaud ou Regnault, Cependant l’enclos ne contenait que six arpents.

Les Jésuites de la maison professe en firent l’acquisition en 1626.

Ce fut, dit-on, de cet endroit que Louis XIV, enfant, vit le combat livré le 2 janvier 1652, dans le faubourg Saint-Antoine, au grand Condé, alors chef des Frondeurs, par le maréchal de Turenne, commandant l’armée royale.

Ce lieu, illustré par la présence du roi dans cette importante affaire, fut alors nommé Mont-Louis.

En l’an 1675, le roi Louis XIV, pour délasser de ses travaux son confesseur le père Lachaise, qu’il affectionnait singulièrement, voulut lui procurer une agréable retraite.

Par ordre, royal l’enclos de Mont-Louis fut agrandi, la maison reconstruite, on l’éleva de deux étages ; sa façade, tournée vers Paris, fut établie sur une terrasse à laquelle on parvenait en traversant un parterre rafraîchi par des bassins et orné d’arbrisseaux, dont les fleurs embaumaient l’air, en réjouissant la vue de Sa Révérence.

Au bas était une orangerie.

De son habitation élevée, le père jésuite, qui avait joint au fardeau de la conscience royale le poids de la direction des affaires ecclésiastiques, promenait son regard sur la capitale, qu’il dominait par son royal pénitent.

Mont-Louis devint le rendez-vous des personnages les plus élevés de la cour et de la ville ; on y accourait pour solliciter la faveur du révérend père confesseur, ou détourner les dangereux effets de sa disgrâce.

Après la mort du père Lachaise, Mont-Louis devint la maison de campagne des pères Jésuites.

Lors que fut expulsée de France la puissante compagnie, Mont-Louis fut vendu par décret du 31 août.

Plusieurs propriétaires se succédèrent rapidement dans ce domaine tout de luxe, dont la dépense, près de Paris, suffisait seule pour ébranler les fortunes les plus considérables.

En 1804, ce domaine, qui avait conservé le nom du père Lachaise, fut acheté 160,000 francs par M. le préfet du département de la Seine, et conformément à un décret de l’empereur Napoléon I, converti en un cimetière.

M. Brongniart, architecte célèbre, fut chargé d’approprier ce lieu à sa destination nouvelle.

Forcé de détruire beaucoup, son habile crayon sut conserver ou créer tout ce qui pouvait contribuer à rendre plus magnifique cet asile mortuaire. D’après les plans, une pyramide colossale servant, dans les distributions de son énorme base, aux cérémonies de tous les cultes chrétiens, devait remplacer la maison du révérend père.

Les travaux de Brongniart allèrent si vite que, le 24 mai de la même année, les restes mortels de Molière, de Lafontaine et de Beaumarchais furent transportés dans le cimetière.

L’entrée, qui date de 1820, forme un hémicycle décoré de sabliers et de torches renversées.

Àdroite et à gauche, on lit les inscriptions suivantes :

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