V.
Mademoiselle Vauvilliers, dans son _Histoire de Jeanne d'Albret_, a recueilli tous les détails fournis par l'histoire sur le complot franco-espagnol dirigé contre Jeanne d'Albret et ses enfants. Nous résumons quelques parties de son récit, auxquelles nous n'avons pu nous arrêter.
Quelque temps après la mort du duc François de Guise, le capitaine Dimanche reçut, on ne dit pas de qui, des instructions nouvelles, qui lui enjoignaient d'aller se mettre en rapport avec les conjurés espagnols. Il partit de Bordeaux pour se rendre auprès du duc d'Albe, qui le dépêcha aussitôt à Philippe II, sous la conduite de François d'Alaya, plus tard ambassadeur à la cour de France. Philippe II était alors à Monçon, sur les frontières de la Navarre. Dimanche tomba malade à Madrid et, pendant sa maladie, fut mis en relations avec Vespier, natif de Nérac, valet de chambre de la reine Elisabeth. Vespier ayant surpris la moitié du secret du capitaine, obtint de lui une entière révélation. Il en fit instruire aussitôt la reine d'Espagne, par l'entremise de l'abbé Saint-Etienne, son aumônier et son confident; et Elisabeth ayant agi auprès de l'ambassadeur de France, Evrard de Saint-Sulpice, qui avait suivi le roi à Monçon, l'ambassadeur, après avoir fait épier toutes les démarches de l'aventurier, acquit la conviction qu'il y avait un secret entre Philippe II et lui. Il envoya aussitôt son secrétaire Rouleau en France, avec des lettres de créance pour le roi et la reine-mère, et d'autre part, fit tenir les avis nécessaires à Jeanne d'Albret, qui, sur son conseil, quitta la résidence de Pau pour celle de Nérac. Rouleau, arrivé à la cour, fit le récit du complot, donna les preuves, et sur la demande du connétable de Montmorency, l'arrestation de Dimanche fut décidée; mais on présume que le capitaine fut prévenu de ce dessein, par suite de l'indiscrétion ou de la connivence de quelque haut personnage, car il ne put être rencontré sur les chemins qu'il devait prendre pour rentrer en France.
De Thou dit expressément qu'il fut instruit de tous les détails de la conspiration par Rouleau et par les enfants du valet de chambre Vespier, et que, avant d'aller en Espagne, Dimanche avait conféré avec Montluc, d'Escars et d'Aspremont, vicomte d'Orthe, qui avaient des intelligences avec la Maison de Guise.
Tous les témoignages pour ou contre entendus, il demeure acquis, tout au moins, qu'il y eut un projet d'attentat; mais on ne saurait affirmer que l'accord se soit jamais établi pour l'exécution. (_Page 39._)