XIII.
Manaud baron de Batz, seigneur de Sainte-Christie, etc., était du petit nombre des gentilshommes catholiques d'Armagnac qui surent rester fidèles à la fois à leur religion et à leur souverain. (_Page 96._)
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La lettre d'explication du roi de Navarre, datée de 1578, et que mentionne notre récit, était conçue en ces termes:
«Monsieur de Batz, c'est vrai qu'un gros vilain homme m'a voulu mettre en suspicion votre fidélité et affection; or, à tel que me faut entendre est bien mon oreille ouverte, mais lui sont bouchés mon cœur et ma croyance, comme en telle occasion. Et n'en faites plus de compte que moi. En quel autre que vous pourrais-je tenir ma confiance pour la conservation de ma ville d'Eauze, là où je ne puis donner d'autre modèle que le brave exemple de vous-même? Et tant qu'il vous souviendra du miracle de ma conservation, que daigna Dieu y opérer principalement par votre valeur et bonne résolution, ne pourrez oublier votre devoir. Par quoi vous prié-je de vous en souvenir chaque jour, pour l'amour de moi, qui m'en souviendrai toujours pour le reconnaître envers vous et les vôtres. Sur ce, n'ai autre exprès commandement à vous bailler que de faire très certain état de l'amitié
«Du bien vôtre HENRY.»
Voici la dernière des lettres connues du roi de Navarre au baron de Batz. Elle est datée, non de 1587, comme l'a cru Berger de Xivrey, mais du mois de mars 1588, au moment où le roi, allant en Saintonge, quittait la Gascogne, où il ne revint jamais:
«Monsieur de Batz, je suis bien marri que ne soyez encore rétabli de votre blessure de Coutras, laquelle me fait véritablement plaie au cœur, et aussi de ne vous avoir pas trouvé à Nérac, d'où je pars demain, bien fâché que ce ne soit avec vous. Et bien me manquera mon Faucheur par le chemin où je vas; mais avant de quitter le pays, je vous le veux bien recommander. Je me défie de ceux de Saint-Justin. Vous m'avez bien purgé ceux d'Eauze, mais ceux de Cazères et de Barcelone sont de vilains remuants, et je n'ai nulle assurance au capitaine La Barthe, qui a par là une bonne troupe et qui m'a cependant juré son âme: beaucoup m'ont trahi vilainement, mais peu m'ont trompé. Celui-ci me trompera s'il ne me trahit bientôt. De plus, ces misérables que j'ai déchassés d'Aire tiennent les champs. De tout ce serai-je tout inquiet jusqu'à tant que je vous sache sur pied avec votre troupe, éclairant le pays. Mon ami, je vous laisse en mains ces affaires; et, quoique soit en vous ma plus sûre confiance pour ce pays, toutefois, vous aimerait bien mieux là où il va et près de lui,
«Votre affectionné ami, HENRY.»
(_Pages 133-134._)