l’ART de la FASCINATION et du MAGNÉTISME
Sous les portiques, on marche en étudiant et en comptant ses pas ; en méditant les maximes inscrites sur des pancartes accrochées à des étapes bien calculées :
Hercule a dit :
IMPOSSIBLE n’est PAS un mot GREC
et encore :
IMPOSSIBLE est l’adjectif favori des IMBÉCILES
Rien ne réussit mieux
que le SUCCÈS :
RIEZ, l’univers rit avec vous ;
pleurez, vous pleurez seul.
Les quatre vertus théologales
sont :
la CONFIANCE en soi, l’AMBITION,
la PERSÉVÉRANCE, et la BONNE HUMEUR
Ayez DE L’ORDRE autour de vous, mais
aussi DANS VOS PENSÉES.
Une place pour chaque chose ;
chaque chose à sa place.
N’oubliez pas que CHAQUE HOMME
a UN POINT SENSIBLE
Il vous suffit de découvrir LEQUEL.
Nous sommes TOUS À LA MERCI D’UN FLATTEUR habile
SACHEZ ÊTRE CELUI-LÀ.
« Quand je sortis de l’école (où l’on promettait naturellement aux élèves le secret professionnel : DISCRÉTION, SÉCURITÉ), on me remit un petit manuel précieux où sont résumés les exercices quotidiens et les recommandations les plus importantes :
Exercices de sérénité, de respiration, de maintien, de démarche, de voix, de regard — l’irrésistible façon de faire de l’œil aux hommes.
Pour se mettre harmonieusement en colère ; pour pleurer suivant les règles de l’esthétique ; pour sourire des lèvres seulement ; pour connaître le degré de pudeur exact qui sied à la vierge, et celui qui convient à la matrone ; pour le choix des vêtements et des bijoux, et savoir feindre la difficile simplicité qui fit croire au naïf Alexandre : « Au moins celle-là ne me coûtera pas trop cher !… »
L’exercice de beauté le plus important est celui-ci :
« S’asseoir confortablement dans une chambre assombrie — et ne penser à rien. Cela, chaque jour, pendant quelques minutes — en augmenter graduellement et indéfiniment le nombre. »
Ponctuelle, je pratique le système du Maître. J’en possède la lettre et l’esprit. J’ai foi en lui — et c’est la dernière grâce qu’il nous souhaite.
Je lui signerai toutes les attestations qu’il voudra. Car, Ménélas a raison, « je séduirais sirènes par ma voix ; je fascinerais serpents par mon regard ».
Je sais bien que le subtil Ulysse nous a récemment devinés ; et qu’il osa dire à Télémaque lui reprochant de se compromettre avec moi : « Bah ! ça me coûte si peu et ça leur fait tant de plaisir… »
Ce rusé vieillard est terriblement clairvoyant. Je sais bien qu’il ne me désire même pas. Hélas ! Ménélas exigea sa conquête. (Que n’opère-t-il lui-même ? Lui si blond, si beau gosse. Il aurait tant de facilités !) Par bonheur Ulysse est un de ces monstres étranges dont le corps même est tissu de mensonge : ils font l’amour à des pierres si ça leur convient ! De plus, il peut bavarder. Qui le croira ? Qui prend au sérieux le roi d’Ithaque ?
Je vivrais donc en paix s’il n’avait fallu suivre Pâris pour obéir à mon cruel époux, pour nous procurer à tous deux cette gloire immortelle qui lui tient tant à cœur — qui m’importe si peu !…
En voilà assez. Hélène se révolte. Elle ne croit pas au destin, moins encore aux dieux. Je vous le dis en vérité, dussé-je enlever Ménélas par la force — j’ai assez couché avec Priam et ses fils ! — je reverrai Lacédémone, et vivrai chastement si tel est mon caprice !
J’ai travaillé pour toi, cher Atride, et je réclame enfin ma récompense. Tu n’as plus l’âge d’un souteneur. Il nous faut, dans les faubourgs de Sparte, une maison de campagne, des enfants, le repos.
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