‹ Histoire de France - Moyen Âge;Chapitre 10 sur 13 · V.

V.

131--page 185--Les Carmes voulaient remonter plus haut que le christianisme...

Cette prétention produisit au dix-septième siècle une vive polémique entre les Carmes et les Jésuites. Ceux-ci, qui n'aimaient guère plus la poésie du moyen âge que la philosophie moderne, attaquèrent durement l'histoire d'Élie; ils prirent une massue de science et de critique pour écraser la frêle légende. Les Carmes, en représailles, firent proscrire en Espagne les Acta des Bollandistes. (Héliot, Histoire des Ordres monastiques, t. I, p. 305-310.)

132--page 185--La remontrance de l'Université au roi...

Le passage le plus important est celui où l'on compare les dépenses de la maison royale à des époques différentes: «Ad priscorum regum, reginarum ac liberoram suorum continuendum statum magnificum et quotidianas expensiones 94,000 francorum auri abunde sufficiebant, indeque creditores debite contentabantur; quod utique modo non fit, quamvis ad prædictos usus 450,000 annuatim recipiant.» (Religieux, ms., folio 761.)

133--page 187--Les maîtres bouchers...

Cette antique corporation ne fit pas inscrire ses règlements parmi ceux des autres métiers, lorsque le prévôt Étienne Boileau les recueillit sous saint Louis. Sans doute les bouchers aimèrent mieux s'en fier à la tradition, à la notoriété publique, et à la crainte qu'ils inspiraient. V. M. Depping. Introd. aux Règlements d'Ét. Boileau, p. LVI; et Lamare, Traité de la police, t. II, liv. V, tit. XX.

134--page 187--Ces étaux passaient, comme des fiefs, d'hoir en hoir, etc.

Félibien, t. II, p. 753. Sauval, t. I, 634, 642. V. aussi les Ordonnances, passim. L'une des plus curieuses est celle qui fixe la redevance de chaque nouveau boucher envers le cellérier et le concierge «de la Court-le-Roy» (du Parlement). (Ordonnances, t. VI, p. 597, ann. 1381.)

135--page 188--Le boucher Alain y achète une lucarne pour voir la messe de chez lui...

«Une vue de deux doigts de long sur deux de large.» (Vilain, Histoire de Saint-Jacques-la-Boucherie, p. 54, ann. 1388, 1405.)

136--page 189--Leur crainte était que le dauphin ne ressemblât à son père...

«Si ab aliquo præpotente (ut publice ferebatur) inducti ad hoc fuerint tunc non habui pro comperto; eos tamen non ignoro ducis Guyennæ nocturnas et indecentes vigilias, ejus commessationes et modum inordinatum vivendi molestissime tulisse, timentes, sicut dicebant, ne infirmitatem paternæ similem incurreret in dedecus regni.» (Religieux, ms., folio 778.)

137--page 192--L'hygiène appliquée à la politique, etc.

V. le sermon de Gerson sur la santé corporelle et spirituelle du roi, et la lettre de Clémengis, intitulée: «De politiæ Gallicanæ ægritudine, per metaphoram corporis humani lapsi et consumpti. (Nic. Clemeng. Epist., t. II, p. 300.) Ces comparaisons abondent encore au dix-septième siècle, et jusque dans les préfaces de Corneille.

138--page 195--Les Gantais voulurent garder le fils du duc de Bourgogne...

Ce fait si important ne se trouve que dans le Religieux. Les historiens du parti bourguignon, Monstrelet, Meyer, n'en disent rien. Meyer passe sur tout cela comme sur des charbons.--Ce fut Paris qui s'entremit en cette affaire pour ceux de Gand: «Regali consilio (præpositi mercatorum et scabinorum Parisiensium validis precibus) ut Dominus Comes de Charolois, primogenitus ducis Burgundiæ, cum uxore sua, filia Regis, in Flandriam duceretur..., Gandavensium burgenses obtinuerunt.» (Religieux, ms., 723 verso.)

139--page 197--Les Universitaires se réunirent au couvent des Carmes...

Lisez cette grande scène dans Juvénal des Ursins, p. 251-252. Cet historien médiocre, qui semble ordinairement se contenter d'abréger le Religieux, présente cependant de plus quelques détails importants qu'il avait appris de son père.

140--page 198--Le seul Pavilly s'obstina, etc.

Juvénal affirme, avec une légèreté malveillante, que le Carme tirait de l'argent de tout cela. Quelqu'un, dit-il, parla pour sauver Desessarts qui était au Châtelet, en grand danger: «Mais le dit de Pavilly qui tendoit fort au profit de sa bourse, et s'intéressoit fort avec les Gois, Saintyous et leurs alliez, voulust montrer que la prise des personnes estoit dument faite et qu'il falloit ordonner commissaires pour faire leur procès.» (Juvénal des Ursins, p. 252.)

141--page 199--«Il y a de mauvaises herbes au jardin de la reine»...

Jean de Troyes avait déjà employé la même métaphore: «Eradicentur herbæ malæ, ne impediant florem juventutis vestræ virtutum fructus odoriferos producere.» (Religieux, ms., 785 verso.)--Cette poésie de jardinage plaisait fort au peuple des villes, toujours enfermé, et d'autant plus amoureux de la campagne qu'il ne voyait pas. On la retrouve partout dans les Meistersaengers, dans Hans Sachs, etc. Il est vrai qu'elle n'y est pas mise à l'usage du meurtre, comme ici.

142--page 201--Sauf quelques articles trop minutieux et d'une rédaction enfantine, etc.

V. l'article sur «Nostre bonne couronne desmembrée, et les flourons d'icelle baillez en goige...» (Ordonnances, t. X, p. 92); et l'article sur les aides de guerre, dont l'argent sera serré «en un gros coffre, qui sera mis en la grosse tour de Nostre Palais ou ailleurs en lieu sûr et secret, ouquel coffre aura trois clefs...» (Ibid., p. 96.)

143--page 207--Jean Courtecuisse, célèbre docteur de l'Université, prêcha sur l'excellence de l'ordonnance...

Du Boulay rapporte à tort ce sermon à l'année 1403. Cependant le titre qu'il lui donne lui-même devait l'avertir qu'il est de 1413. Aura-t-il craint, pour l'honneur de l'Université, d'avouer les liaisons d'un de ses plus grands docteurs avec les Cabochiens?

144--page 208--Ils commencèrent le pont Notre-Dame...

«Cedit jour fut nommé le pont de la Planche de Mibray le Pont Nostre-Dame, et le nomma le roi de France Charles, et frappa de la trie sur le premier pieu, et le duc de Guienne, son fils, après, et le duc de Berry, et le duc de Bourgogne, et le sire de la Trémouille.» (Journal du Bourgeois de Paris, 10 mai 1413, éd. Buchon, t. XV, p. 182.)

145--page 211--La religion de la royauté était encore entière et le fut longtemps...

Voyez si longtemps après l'extrême timidité du chef de la Fronde. Il eut peur des États généraux (Retz, livre II), peur de l'union des villes (livre III): «J'en eus scrupule», dit-il. Il eut peur encore de se lier avec Cromwell. Mazarin, tout en défendant l'autorité royale qui était la sienne, avait apparemment moins de scrupule, s'il est vrai qu'après la mort de Charles Ier il ait dit dans sa prononciation italienne: «Ce M. de Cromwell est né houroux (heureux).»

146--page 211--L'avocat général Juvénal...

Voyez au Musée de Versailles la longue et piteuse figure de Juvénal, et la rouge trogne de son fils l'archevêque. Le père n'en fut pas moins un excellent citoyen. Son fils rapporte un trait admirable de sa fermeté à l'égard du duc de Bourgogne, p. 222, note 2.

147--page 213--Le charpentier Guillaume Cirasse...

V. les armoiries de Guillaume Cirasse, dans le Recueil des armoiries des prévôts et échevins de Paris (exemplaire colorié à la Bibl. du cabinet du roi, au Louvre).

148--page 215, note 2--Le roi désirait fort traiter, etc.

Un grand seigneur vient trouver le roi au matin pour l'animer contre les Bourguignons. «Le roy estant en son lict, ne dormoit pas et parloit en s'esbatant avec un de ses valets de chambre, en soy farsant et divertissant. Et ledit seigneur vint prendre par dessous la couverture le roy tout doucement par le pied, en disant: Monseigneur, vous ne dormez pas? Non, beau cousin, lui dit le roy, vous soyez le bien venu, voulez-vous rien? y a t'il aucune chose de nouveau? Nenny, Monseigneur, luy respondit-il, sinon que vos gens qui sont en ce siège, disent que tel jour qu'il vous plaira, verrez assaillir la ville, où sont vos ennemis et ont espérance d'y entrer. Lors le roi dit que son cousin le duc de Bourgogne vouloit venir à raison, et mettre la ville en sa main, sans assaut, et qu'il falloit avoir paix. À quoy ledit seigneur respondit: Comment, Monseigneur, voulez-vous avoir paix avec ce mauvais, faux, traistre et desloyal, qui si faussement et mauvaisement a faict tuer vostre frère? Lors le roy, aucunement desplaisant, luy dit: Du consentement de beau fils d'Orléans, tout lui a esté pardonné. Hélas! Sire, répliqua ledit seigneur, vous ne le verrez jamais vostre frère... Mais le roy lui respondit assez chaudement: Beau cousin, allez-vous-en; je le verray au jour du Jugement.» (Juvénal, p. 2-3.)

149--page 217--Dès qu'il s'agit de l'Église, Gerson est républicain...

V. les oeuvres de Gerson (éd. Du Pin), surtout au tome IV, et les travaux estimables de MM. Faugère, Schmidt et Thomassy. Je parlerai ailleurs de ceux de MM. Gence, Gregori, Daunou, Onésyme Leroy, et en général des écrivains qui ont débattu la question de l'Imitation.

150--page 221--L'augmentation des dépenses tenait à l'avilissement progressif du prix de l'argent...

Clémengis s'étonne de ce qu'un monastère qui nourrissait primitivement cent moines n'en nourrit plus que dix (p. 19). Qui ne sait combien en deux ou trois siècles changent et le prix des choses et le nombre de celles qu'on juge nécessaires? Pour ne parler que d'un siècle, quelle grande maison pourrait être défrayée aujourd'hui d'après le calcul que madame de Maintenon fait pour celle de son frère? Voir, entre autres ouvrages, une brochure de M. le comte d'Hauterive: Faits et observations sur la dépense d'une des grandes administrations etc.; deux autres brochures de M. Eckard: Dépenses effectives de Louis XIV en bâtiments au cours du temps des travaux de leur évaluation, etc., etc.

151--page 222--Clémengis... d'Ailly...

Je ne veux pas contester le mérite réel de ces deux personnages qui furent tout à la fois d'éminents docteurs et des hommes d'action. D'Ailly fut l'une des gloires de la grande école gallicane du collège de Navarre; il y forma Clémengis et Gerson. Clémengis est un bon écrivain polémique, mordant, amusant, salé (comme aurait dit Saint-Simon). V. le tableau qu'il fait de la servilité du pape d'Avignon, dans le livre de la Corruption de l'Église (p. 26). La conclusion du livre est très éloquente. C'est une apostrophe au Christ; les protestants peuvent y voir une prophétie de la Réforme: «Si tuam vineam labruscis senticosisque virgultis palmites suffocantibus obseptam, infructiferam, vis ad naturam reducere, quis melior modus id agendi, quam inutiles stirpes eam sterilem efficientes quæ falcibus amputatæ pullulant, radicitus evellere, vineamque ipsam aliis agricolis locatam novis rursum autiferacibus et fructiferis palmitibus inserere?... Hæc non nisi exigua sunt dolorum initia et suavia quædam eorum quæ supersunt præludia. Sed tempus erat, ut portum, ingruente jam tempestate, peteremus, nostræque in his periculis saluti consuleremus, ne tanta procellarum vis, quæ laceram Petri naviculam validiori turbinis impulsu, quam ullo alias tempore concussura est, in mediis nos fluctibus, cum his qui merito naufragio perituri sunt, absorbeat.» (Nic. Clemeng. De corrupto Ecclesiæ statu, t. I, p. 28.)

152--page 223--... le piquant réquisitoire du concile contre les deux papes réfractaires...

Concilium Pisanum, ap. Concil., éd. Labbe et Cossart, 1671; t. XI, pars II, p. 2172 et seq.

153--page 224--Ces ennemis acharnés s'entendaient au fond à merveille...

«Habentes facies diversas..., sed caudas habent ad invicem colligatas, ut de vanitate conveniant.» (Ibid., p. 2183.)--«... Volebat unum pedem tenere in aqua et alium in terra.» (Ibid., p. 2184.)

154--page 225--Lorsque Valla élevait les premiers doutes sur l'authenticité des décrétales...

Non seulement Valla, mais Gerson, dans son épître De modis uniendi ac reformandi Ecclesiam, p. 166. Sur Valla, lire un article excellent de la Biographie universelle (par M. Viguier), t. XLVII, p. 345-353.--«Des papes ont permis à Ballerini de critiquer, à Rome même, les fausses décrétales. Pourquoi ne les ont-ils pas révoquées? Pour la même raison que les rois de France n'ont pas révoqué les fables politiques relatives aux douze pairs de Charlemagne, ni les Empereurs celles qui se rattachent à l'origine des cours Weimiques, etc.» Telle est la réponse de l'ingénieux M. Walter. (Walter, Lerhbuch des Kirchenrechts, Bonn. 1829, p. 161.)

155--page 226--Raymond Lulle pleura aux pieds de son Arbor, qui finissait la scolastique...

Voir la curieuse préface. (Raymond Lullii Majoricensis, illuminati patris, Arbor scientiæ. Lugduni, 1636, in-4{o}, p. 2 et 3.)

156--page 226--... renouveler...

Ce verbe, employé comme neutre, avait bien plus de grâce. Je crois qu'on y reviendra. V. Charles d'Orléans (p. 48): «Tous jours sa beauté renouvelle.» Et Eustache Deschamps (p. 99): «De jour en jour votre beauté renouvelle.»

157--page 227--Au moment où l'Anglais allait fondre sur la France, etc.

«Licet quis contemnendum esse, quantum ad bella pertinet, ducem Lotharingiæ, nec tantis pollere viribus, ut domui audeat Franciæ bellum inferre, non parvus debet hostis videri quem Deus excitat et propter aliorum adjuvat facinora.» (Nic. Clémengis, t. II, p. 257.)--On voit de même dans les lettres de Machiavel qu'à la veille d'être conquise par les Espagnols, l'Italie ne craignait que les Vénitiens. Il écrit aux magistrats de Florence: «Vos Seigneuries m'ont toujours dit que la liberté de l'Italie n'avait à craindre que Venise.» (Machiavel, Lettre de février ou mars 1508.)

158--page 230--Sur les cinquante-trois mille fiefs en Angleterre, l'Église en possédait vingt-huit mille...

Turner, The History of England, during the middle ages (ed. 1830), vol. III, p. 96.--On assurait récemment que le clergé anglican avait encore aujourd'hui un revenu supérieur à celui de tout le clergé de l'Europe. Ce qui est sûr, c'est que l'archevêque de Cantorbéry a un revenu quinze fois plus grand que celui d'un archevêque français, trente fois plus grand que celui d'un cardinal à Rome. (Statistics of the Church of England, 1836, p. 5.) V. aussi trois Lettres de Léon Faucher (Courrier français, juillet, août 1836).

159--page 232, note--Le droit d'aînesse en Angleterre...

Le 12 avril 1836, M. Ewart voulait présenter un bill statuant que, au moins dans les successions ab intestat, les propriétés foncières seraient partagées également entre les enfants; sir John Russel a parlé contre, et la motion a été rejetée à une forte majorité.

160--page 237--Shakespeare ennemi des sectaires de tout âge...

Shakespeare a fait de rares allusions aux puritains naissants, toutes malveillantes. Voir entre autres celle qui se trouve dans Twelfth Night, act. III, scène II.--Quant à Falstaff, j'aurai occasion d'y revenir.

161--page 239, note--L'examen d'Oldcastle par l'archevêque de Cantorbéry, etc.

«Dominus Cantuariensis gratiose se obtulit, et paratum fore promisit ad absolvendum eum; sed ille... petere noluit... Cui compatiens dominus Cant. dixit: Caveatis... Unde dominus Cant. sibi compatiens... Cui archiepiscopus affabiliter et suaviter... Consequenter dominus Cant. suavi et modesto modo rogavit... Quibus dictis dominus Cant. flebili vultu eum alloquebatur... Ergo, cum magna cordis amaritudine, processit ad prolationem sententiæ.» (Walsingham, p. 384.)--Elmham célèbre en prose et en vers les exécutions et les processions. «Rege jubente... Regia mens gaudet.» (Turner, vol. III, p. 142.)

162--page 240--Henri V écrivit aux prélats...

De arraiatione cleri: «Prompti sint ad resistendum contra malitiam inimicorum regni, ecclesiæ, etc.» (Rymer, 3e éd., vol. IV, pars I, p. 123; 28 mai 1415.)

163--page 240--Il complétait ses préparatifs...

Traité pour avoir des vaisseaux de Hollande, 18 mars 1415. Presse des navires, 11 avril; des armuriers (operariis arcuum, etc., tam intra libertates quam extra), le 20; presse des matelots, le 3 mai; recherche de charrettes, le 16; achat de clous et de fers de chevaux, le 25; achat de boeufs et vaches, le 4 juin; ordre pour cuire du pain et brasser de la bière, le 27 mai; presse des maçons, charpentiers, serruriers, etc;--5 juin, négociations avec le Gallois Owen Glendour; 24 juillet, testament du roi; défense de la frontière d'Écosse; négociations avec l'Aragon, avec le duc de Bretagne, avec le duc de Bourgogne, 10 août; Bedford nommé gardien de l'Angleterre, 11 août; au maire de Londres, 12, etc. (Rymer, t. IV, p. I, p. 109-146.)

164--page 242--Le roi réunit la plus forte armée, etc.

Tels sont les nombres indiqués par Monstrelet, t. III, p. 313. Lefebvre dit: huit cents bâtiments. Rien n'est plus incertain que les calculs de ce temps. Lefebvre croit que le roi de France avait deux cent mille hommes devant Arras, en 1414; Monstrelet en donne cent cinquante mille aux Français à la bataille d'Azincourt. Je crois cependant qu'il a été mieux instruit sur le nombre réel de l'armée anglaise à son départ.

165--page 246--Un prêtre anglais nous apprend, etc.

Ms. cité par sir Harris Nicolas, dans son Histoire de la bataille d'Azincourt (1832), p. 129. Ce remarquable opuscule offre toute l'impartialité qu'on devait attendre d'un Anglais judicieux, qui d'ailleurs n'a pas oublié l'origine française de sa famille. Qu'il me soit permis de faire remarquer en passant que beaucoup d'étrangers distingués descendent de nos réfugiés français: sir Nicolas, miss Martineau, Savigny, Ancillon, Michelet de Berlin, etc.

166--page 246--Tous les habitants d'Harfleur furent chassés de la ville...

Le chapelain rapporte les lamentations de ces pauvres gens, et il ajoute, avec une bien singulière préoccupation anglaise, qu'après tout ils regrettaient une possession à laquelle ils n'avaient pas droit: «For the loss of their accustomed, though unlawful, habitations.» V. Sir Nicolas, p. 214.

167--page 247--Henri V déclara que d'Harfleur il irait jusqu'à Calais...

Cette expédition a été racontée par trois témoins oculaires qui tous trois étaient dans le camp anglais: Hardyng, un chapelain d'Henri V, et Lefebvre de Saint-Remy, gentilhomme picard, du parti bourguignon, qui suivit l'armée d'Henri. Il n'y a qu'un témoin de l'autre parti, Jean de Vaurin, qui n'ajoute guère au récit des autres. Je suivrai volontiers les témoignages anglais. L'historien français qui raconte ce grand malheur national doit se tenir en garde contre son émotion, doit s'informer de préférence dans le parti ennemi.

168--page 248--Le duc de Lorraine à lui seul amenait cinquante mille hommes...

Lettre du gouverneur de Calais Bardolf, au duc de Bedford: «Plaise à vostre Seigneurie savoir, que par les entrevenans divers et bonnes amis, repairans en ceste ville et marche, aussi bien hors des parties de Fraunce, comme de Flaundres, me soit dit et rapporté plainement que sans faulte le Roi nostre Seigneur... ara bataille... au plus tarde, deins quinsze jours... que le duc de Lorenne ait assembleie... bien cinquant mille hommes, et que, mes qu'ils soient tous assemblées, ilz ne seront moins de cent mille ou pluis.» (Rymer, t. IV, p. I, p. 147, 7 octobre 1415.)

169--page 249--Des Picards se joignirent aux Anglais, et peut-être les guidèrent...

Lorsqu'on voit un de ces Picards, l'historien Lefebvre de Saint-Remy, après avoir combattu pour les Anglais à Azincourt, devenir le confident de la maison de Bourgogne, la servir dans les plus importantes missions (Lefebvre, prologue, t. VII, p. 258), et enfin vieillir dans cette cour comme héraut de la Toison d'or, on est bien tenté de croire que Lefebvre, quoique jeune alors, fut l'agent bourguignon près d'Henri V. Il ne vint pas seulement pour voir la bataille; les détails minutieux qu'il donne (p. 499) portent à croire qu'il suivit l'armée anglaise, dès son entrée en Picardie. V. sur Lefebvre la Notice de mademoiselle Dupont (Bulletin de la Société de l'histoire de France, tome II, 1re partie). La savante demoiselle a refait toute la vie de Lefebvre; elle a prouvé qu'il avait généralement copié Monstrelet; il me paraît toutefois qu'en copiant il a quelque peu modifié le récit des faits dont il avait été témoin oculaire.

170--page 250--Un homme du pays vint dire, etc.

Les deux Bourguignons Monstrelet et Lefebvre ne disent rien de ceci. Ce sont les Anglais qui nous l'apprennent: «But suddenly, in the midst of their despondency, one of the villagers communicated to the king the invaluable information...» (Turner, t. II, p. 423.)

171--page 251--Le duc de Berri voulait que les partis d'Orléans et de Bourgogne envoyassent chacun cinq cents lances...

Il avait d'abord fait écrire en ce sens aux deux ducs, avec défense de venir en personne; c'est ce qu'assure le duc de Bourgogne dans la lettre au roi. (Juvénal des Ursins, p. 299.)

172--page 253--Bataille d'Azincourt...

Lefebvre, t. VIII, p. 511.--Religieux, ms., 945 verso.--Jehan de Vaurin, Chroniques d'Angleterre, vol. V, partie I, chap. IX, folio 15, verso; ms. de la Bibliothèque royale, nº 6756.--Jean de Vaurin était à la bataille, comme Lefebvre, mais de l'autre côté: «Moy, acteur de ceste euvre, en sçay la vérité, car en celle assemblée estoie du costé des François.»

173--page 260--Alors survinrent les Anglais, etc.

«Ictus reiterabant mortales, inusitato etiam armorum genere usi quisque eorum in parte maxima clavam plumbeam gestabant, quæ capiti alicujus afflicta mox illum præcipitabat ad terram moribundum.» (Religieux de Saint-Denis, ms., fol. 950.)

174--page 260--Puis, c'est le duc d'Alençon, etc.

Cet embellissement est de la façon de Monstrelet, t. III, p. 355. Il le place hors du récit de la bataille, après la longue liste des morts. Lefebvre, témoin oculaire, n'a pu se décider à copier ici Monstrelet.

175--page 262--Le lendemain le vainqueur prit ou tua ce qui pouvait rester en vie...

Lefebvre, t. VIII, p. 16-17.--Monstrelet, t. III, p. 347. Je ne sais d'après quel auteur M. de Barante a dit: «Henri V fit cesser le carnage et relever les blessés.» (Hist. des ducs de Bourgogne, 3e édit., t. IV, p. 250.)

176--page 262, note 3--Le connétable d'Albret...

Le Religieux revient fréquemment (fol. 940, 946, 948) sur ces bruits de trahison, qui probablement circulaient surtout à Paris, sous l'influence secrète du parti bourguignon.--Nulle part ces accusations ne sont exprimées avec plus de force que dans le récit anonyme qu'a publié M. Tailliar: «Charles de Labrech, connétable de Franche, alloit bien souvent boire et mangier avec le Roi en l'ost des Englès... Li connétables se tenoit en ses bonnes villes et faisoit défendre de par le roi de Franche que on ne le combattesit nient.» Cette dernière accusation, si manifestement calomnieuse, ferait soupçonner que cette pièce est un bulletin du duc de Bourgogne. Au reste, l'auteur confond beaucoup de choses; il croit que c'est Clignet de Brabant qui pilla le camp anglais, etc. Dans la même page, il appelle Henri V tantôt roi de France, tantôt roi d'Angleterre. (Archives du nord de la France et du midi de la Belgique (Valenciennes), 1839.)

177--page 263--Le fils du duc de Bourgogne fit à tous les morts la charité d'une fosse...

Monstrelet, t. III, p. 358. Selon le récit anonyme publié par M. Tailliar, on ne put jamais savoir le vrai nombre des morts; ceux qui les avaient enfouis, jurèrent de ne point le révéler. (Archives du nord de la France (Valenciennes), 1839.)

178--page 266--Les Français nourrirent les Anglais...

«De suis victualibus refecerunt.» (Walsingham, p. 342.)--Walsingham ajoute une observation de la plus haute importance: «Nempe mos est utrique genti, Angliæ scilicet atque Galliæ, licet sibimet in propriis sint infesti regionibus, in remotis partibus tanquam fratres subvenire, et fidem ad invicem inviolabilem observare.» (Walsingham, ibid.)--C'est qu'en effet, ce sont des frères ennemis, mais après tout des frères.

179--page 266--... des vers charmants, pleins de bonté et de douceur d'âme...

Malgré cette douceur de caractère, Charles d'Orléans avait eu quelques pensées de vengeance après la mort de son père. Les devises qu'on lisait sur ses joyaux, d'après un inventaire de 1409, semblent y faire allusion: «Item une verge d'or, ou il a escript, Dieu le scet.--Item une autre verge d'or où il est escript, il est loup.--Item une autre verge d'or plate en laquelle est escript, Souviegne vous de.--Item deux autres verges d'or es quelles est escript, Inverbesserin.--Item ung bracelet d'argent esmaillié de vert et escript, Inverbesserin. (Inventaire des joyaulx d'or et d'argent, que monseigneur le duc d'Orléans a pardevers lui, fait à Blois en la présence de mondit seigneur, par monseigneur de Gaule et par monseigneur de Chaumont, le IIIe jour de décembre, lan mil CCCC et neuf, et escript par moy Hugues Perrier, etc.» Cette pièce curieuse a été trouvée dans les papiers des Célestins de Paris. Archives du royaume, L, 1539.)

180--page 266--Charles d'Orléans passa de longues années à Pomfret, traité honorablement...

V. le détail curieux d'un achat de quatorze lits pour les principaux prisonniers: oreillers, traversins, couvertures, plume, satin, toile de Flandre, etc. (Rymer, 3e édit., t. IV, p. I, p. 155, mars 1416.)

181--page 267--Notre Béranger du quinzième siècle...

Pour compléter un Béranger de ce temps-là, il faudrait joindre à Charles d'Orléans Eustache Deschamps. Il représente Béranger par d'autres faces, par ses côtés patriotique, satirique, sensuel, etc. V. la pièce: «Paix n'aurez jà, s'ils ne rendent Calais», p. 71.--Il s'élève quelquefois très haut. Dans la ballade suivante, il semble comprendre le caractère titanique et satanique de la patrie de Byron. V. mon Introduction à l'Histoire universelle:

Selon le Brut, de l'isle des Géans, Qui depuis fut Albions appelée, Peuple maudit, tar dis en Dieu créans, Sera l'isle de tous poins désolée. Par leur orgueil vient la dure journée Dont leur prophète Merlin Pronostica leur dolereuse fin, Quant il escript: Vie perdrez et terre. Lors monstreront estrangiez et voisins: Au temps jadis estoit cy Angleterre. . . . . . . . . . . . . . . . . . Visaige d'ange portez (angli angeli), mais la pensée De diable est en vous tou dis sortissans À Lucifer. . . . . Destruîz serez; Grecs diront et Latins: Au temps jadis estoit cy Angleterre.

182--page 267--Le sourire y est près des larmes...

«Fortune, vueilliez-moi laisser», p. 170 (Poésies de Charles d'Orléans, éd. 1803).--«Puisque ainsi est que vous allez en France, Duc de Bourbon, mon compagnon très-cher», p. 206.--«En la forêt d'ennuyeuse tristesse», p. 209.--«En regardant vers le pays de France», p. 323.--«Ma très doulce Valentinée, Pour moy fustes-vous trop tôt née», p. 269.

C'est l'inspiration des vers de Voltaire:

Si vous voulez que j'aime encore, Rendez-moi l'âge des amours...

Et celle de Béranger:

Vous vieillirez, ô ma belle maîtresse, Vous vieillirez, et je ne serai plus...

183--page 268, note 1--Il y a pourtant un vif mouvement de passion, etc.

Le pauvre prisonnier eut encore un autre malheur: il fut toujours amoureux; bien des vers furent adressés par lui à une belle dame de ce côté-ci du détroit. Les Anglaises, probablement meilleures pour lui que les Anglais, n'en ont pas gardé rancune, s'il est vrai qu'en mémoire de Charles d'Orléans et de sa mère Valentine, elles ont pris pour fête d'amour la Saint-Valentin. V. Poésies de Charles d'Orléans, éd. 1803.

184--page 268--C'est l'alouette, rien de plus...

Le temps a quitté son manteau De vent, de froidure et de pluie... (Idem, p. 257.)

Ces jolis chants d'alouette font penser à la vieille petite chanson, incomparable de légèreté et de prestesse:

J'étais petite et simplette Quand à l'école on me mit Et je n'y ai rien appris... Qu'un petit mot d'amourette... Et toujours je le redis, Depuis qu'ay un bel amy.

185--page 271--Moururent en quelques mois... le dauphin, etc.

«Ce dit jour Mons. Loiz de France, ainsné filz du Roy, notre Sire, Dauphin de Viennoiz et duc de Guienne, moru, de laage de vint ans ou environ, bel de visaige, suffisamment grant et gros de corps, pesans et tardif et po agile, voluntaire et moult curieux à magnificence dabiz et joiaux circa cultum sui corporis, désirans grandement grandeur, oneur de par dehors, grant despensier à ornemens de sa chapelle privée, à avoir ymages grosses et grandes dor et dargent, qui moult grant plaisir avoit à sons dorgues, lesquels entre les autres oblectacions mondaines hantoit diligemment, si avoit-il musiciens de bouche ou de voix, et pour ce avoit chapelle de grant nombre de jeune gent; et si avoit bon entendement, tant en latin que en françois, mais il emploioit po, car sa condicion estoit demploier la nuit à veiller et po faire, et le jour à dormir; disnoit à III ou IV heures après midi, et soupoit à minuit, et aloit coucher au point du jour et à soleil levant souvant, et pour ce estoit aventure qu'il vesquit longuement.» (Archives du royaume, Registres du Parlement, Conseil, XIV, f. 39, verso, 19 décembre 1415.)

186--page 271, note 3--Les Anglais chantaient des Te Deum et des ballades.

As the King lay musing on his bed, He thought himself upon a time, Those tributes due from the French King, That had not been paid for so long a time Fal, lal, lal, lal, laral, laral, la. He called unto his lovely page, His lovely page away came he..., etc.

(Ballade citée par Sir Harris Nicolas, Azincourt, p. 78.)

187--page 274--Plutôt que de recevoir les Gascons, Rouen tua son bailli, etc.

M. Chéruel a trouvé des détails curieux dans les archives de Rouen. (Chéruel, Histoire de Rouen sous la domination anglaise, p. 19. Rouen, 1840.)

188--page 276--Le roi d'Angleterre exceptait de la capitulation quelques-uns des assiégés, etc.

«Ut rei læsæ majestatis.» (Religieux, ms., folio 79.) Ce point de vue des légistes anglais qui suivaient le roi est mis dans son vrai jour au siège de Meaux. (Ibid., folio 176.)

189--page 277, note 2--Armagnac persévérait dans son attachement à Benoît XIII...

V. la déclaration de la reine contre lui. (Ordonnances, t. X, p. 436.)

190--page 279--Un Lambert commença à pousser le peuple au massacre des prisonniers...

Le Bourgeois devient poète tout à coup, pour parer le massacre de mythologie et d'allégories: «Le dimanche ensuivant, 12 jour de juing, environ onze heure de nuyt, on cria alarme, comme on faisoit souvent alarme à la porte Saint-Germain, les autres crioient à la porte de Bardelles. Lors s'esmeut le peuple vers la place Maubert et environ, puis après ceulx de deçà les pons, comme des halles, et de Grève et de tout Paris, et coururent vers les portes dessus dites; mais nulle part ne trouvèrent nulle cause de crier alarme. Lors se leva la Déesse de Discorde, qui estoit en la tour de Mauconseil, et esveilla Ire la forcenée, et Convoitise, et Enragerie et Vengeance, et prindrent armes de toutes manières, et boutèrent hors d'avec eulx Raison, Justice, Mémoire de Dieu... Et n'estoit homme nul qui, en celle nuyt ou jour, eust osé parler de Raison ou de Justice, ne demander où elle estoit enfermée. Car Ire les avoit mise en si profonde fosse, qu'on ne les pot oncques trouver toute celle nuyt, ne la journée ensuivant. Si en parla le Prévost de Paris au peuple, et le seigneur de L'Isle-Adam, en leur admonestant pitié, justice et raison; mais Ire et Forcennerie respondirent par la bouche du peuple: Malgrebieu, Sire, de vostre justice, de vostre pitié et de vostre raison: mauldit soit de Dieu qui aura la pitié de ces faulx traistres Arminaz Angloys, ne que de chiens; car par eulz est le royaulme de France destruit et gasté, et si l'avoient vendu aux Angloys.» (Journal du Bourgeois de Paris, t. XV, p. 234.)

191--page 280--Seize cents personnes périrent, etc.

Monstrelet, t. IV, p. 97.--Le greffier dit moins: «Jusques au nombre de huit cens personnes et au-dessus, comme on dit.» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIV, f. 139.)

192--page 281--Tout est tué au petit Châtelet...

«Tuèrent bien trois cens prisonniers.» (Monstrelet, t. IV, p. 120.) «Durant laquelle assemblée et commocion, furent tuez et mis à mort environ de quatre-vingt à cent personnes, entre lesquelles y ot trois ou quatre femmes tuées, si comme on disoit...» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIV, folio 142, verso, 21 août.)

193--page 283--Un traité récent avec les Anglais ne permettait pas au duc de Bourgogne d'appeler les Flamands...

Le traité probablement ne concernait que la Flandre. Tout le monde croyait que dans une entrevue avec Henri V à Calais il s'était allié à lui. Il existe un traité d'alliance et de ligue, où le duc reconnaît les droits d'Henri à la couronne de France, mais cet acte ne présente ni date précise ni signature. Il est probable que Jean-sans-Peur fit entendre au roi d'Angleterre que, s'il l'aidait activement, c'en était fait du parti bourguignon en France, qu'il servirait mieux les Anglais par sa neutralité que par son concours. (Rymer, 3e éd., t. IV, pars I, p. 177-178, octobre 1416.)

194--page 285--Chacun des princes prisonniers n'eut qu'un serviteur français...

Selon le Religieux. Mais Rymer indique un plus grand nombre.

195--page 287--Alain Blanchard...

Sur Alain Blanchard, V. la notice publiée par M. Auguste Le Prévôt, en 1826, l'Histoire de Rouen sous les Anglais, par M. Chéruel (1840), et l'Histoire du privilège de Saint-Romain, par M. Floquet, t. II, p. 548.

196--page 287--Le peuple de Rouen sortait à la fois par toutes les portes...

M. Chéruel, p. 46, d'après la chronique versifiée d'un Anglais qui était au siège. (Archæologia Britannica, t. XXI, XXII.) Ce curieux poème a été traduit par M. Potier, bibliothécaire de Rouen.

197--page 288--Rouen était plein de nobles et croyait être trahi.

«Les Engloys descendirent à la Hogue de Saint-Vaast, dimence 1er jour d'aost 1416, adonc estoit le dalphin de Vyane à Rouen avec sa forche; et de là se partit à soy retraire à Paris, et laissa l'ainsné filz du comte de Harcourt, chapitaine du chastel et de la ville, et M. de Gamaches, bailly de la dicte ville, avenc grant quantité d'estrangiers qui gardoient la ville et la quidèrent pillier; mès l'en s'en aperchut, et y out sur ce pourvéanche. Mais nonostant tout, fut levé en la ville une taille de 16,000 liv. et un prest de 12,000, et tout poié dedens la my-aost ensuivant. Et fu commenchement de malvèse estrenche; et puis touz s'en alèrent au dyable. Et après euls y vint M. Guy le Bouteiller, capitaine de la ville, de par le duc de Bourgongne, avec 1,400 ou 1,500 Bourguégnons et estrangiers, pour guarder la ville contre les Engloys; mais ils estoient miez Engloys que Franchoiz; les quiez estoient as gages de la ville, et si destruioient la vitaille et la garnison de la ville.» (Chronique ms. du temps, communiquée par M. Floquet.)

198--page 290, note 1--Détresse de Rouen...

Archæologia, t. XXI, XXII.--M. Chéruel a trouvé un renseignement plus sérieux sur le prix des denrées; par délibération du 7 octobre 1418, le chapitre fait fondre une châsse d'argent, et paye, entre autres dettes, soixante livres tournois (mille francs d'aujourd'hui?) pour deux boisseaux de blé. (M. Chéruel, Rouen sous les Anglais, p. 53, d'après les registres capitulaires, conservés aux Archives départementales de la Seine-Inférieure.) Cet excellent ouvrage donne une foule de renseignements non moins précieux pour l'histoire de la Normandie et de la France en général.

199--page 292--Capitulation de Rouen, etc.

«Item, estoit octroyé par ledit seigneur Roi, que tous et chacun pourroient s'en retourner..., excepté Luc, Italien, Guillaume de Houdetot, chevalier bailly, Alain Blanchart, Jehan Segneult, maire, maître Robin Delivet, et excepté la personne qui, de mauvaises paroles et déshonnêtes, auroit parlé antiennement, s'il peut être découvert, sans fraude ou mal engyn...» (Vidimus de la capitulation de Rouen, aux Archives de Rouen, communiqué par M. Chéruel). Rymer donne le même acte en latin (t. IV, p. II, p. 82, 13 januar. 1419).

200--page 292--Rouen dut payer trois cent mille écus d'or...

«Januarii instantis, februarii instantis.» Les articles suivants prouvent qu'il s'agit bien de 1418, et non 1419. (Rymer, t. IV, p. II, p. 82.)

201--page 294--Henri V voulait marier en Allemagne son frère Bedford...

«Super sponsalibus inter Bedfordium et filiam unicam Fr. burgravii Nuremburiensis, filiam unicam ducis Lotaringiæ, aliquam consanguineam imperatoris.» (Rymer, t. IV, p. II, p. 100, 18 mart. 1419.)

202--page 294--Il voulait faire adopter son jeune frère, Glocester, à la reine de Naples, etc.

«Cum Johanna, regina Apuleæ, de adoptione Johannis ducis Bedfordiæ. Dux mittat quinquaginta millia ducatorum, quousque fortalitia civitatis Brandusii erint ei consignata... Dux teneatur, intra octo menses, venire personaliter cum mille hominibus armatis, 2,000 sagittariis. Non intromittet se de regimine regni, excepto ducatu Calabriæ quem gubernabit ad beneplacitum suum.» (Ibid., p. 98, 12 mart. 1419.)

203--page 295--Il mettait d'accord contre lui les Aragonais et les Castillans...

Les gens de Bayonne écrivent au roi d'Angleterre que «un balener armé a pris un clerc du roy de Castille», et qu'on a su par lui que quarante vaisseaux castillans allaient chercher des Écossais en Écosse, les troupes du dauphin à Belle-Isle, et amener toute cette armée devant Bayonne. (Rymer, t. IV, p. II, p. 128, 22 jul. 1419.) Les gens de Bayonne écrivent plus tard que les Aragonais vont se joindre aux Castillans pour assiéger leur ville. (Ibid., p. 132, 5 septembre.)

204--page 295, note 2--Le Normand Robert de Braquemont...

Je reviendrai sur cette famille illustre et sur les Béthencourt, alliés et parents des Braquemont, à qui ceux-ci cédèrent leurs droits sur les Canaries. V. Histoire de la conqueste des Canaries, faite par Jean de Béthencourt, escrite du temps même par P. Bontier et J. Leverrier, prestres, 1630. Paris, in-12.

205--page 296--Les Anglais n'étaient pas sans inquiétude.

«Nous ne savons plus, écrivait un agent anglais à Henri V, si nous avons la guerre ou la paix; mais dans six jours... It is not knowen whethir we shall have werre or pees... But withynne six dayes...» (Rymer, ibid., p. 126, 14 jul. 1419.)

206--page 300, note--La mort du duc de Bourgogne fit un mal immense au dauphin...

«Pour occasion duquel fait plusieurs grans inconvéniens et domages irréparables sont disposez davenir et plus grans que paravant, à la honte des faiseurs, au dommage de mond. Seig. Dauphin principalment, qui attendoit le royaume par hoirrie et succession après le Roy notre souverain S. À quoy il aura moins daide et de faveur et plus dennemis et adversaires que par avant.» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIV, folio 193, septembre 1419.)

207--page 305--Derrière Henri V on portait sa bannière personnelle, la lance à queue de renard...

«Et portoit en sa devise une queue de renart de broderie.» (Journal du Bourgeois de Paris, t. XV, p. 275.) À l'entrée de Rouen, c'était une véritable queue de renard: «Une lance à laquelle d'emprès le fer avoit attaché une queue de renart en manière de penoncel, en quoi aucuns sages notoient moult de choses.» (Monstrelet, t. IV, p. 140.)

208--page 305--Le roi d'Angleterre fut bien reçu à Paris.

Le greffier même du Parlement partage l'entraînement général, à en juger par ses mentions continuelles de processions et supplications pour le salut des deux rois: «Furent moult joyeusement et honorablement receuz en la ville de Paris...» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIV, folio 224.)

209--page 306--Charles fut condamné au bannissement...

La sentence rendue par le roi de France, «de l'avis du Parlement», est placée par Rymer au 23 décembre 1420: «Considérant que Charles soi-disant dauphin avoit conclu alliance avec le duc de Bourgogne... déclare les coupables de cette mort inhabiles à toute dignité.»--V. aussi le violent manifeste de Charles VI contre son fils: «Ô Dieu véritable, etc.», 17 janvier 1419. (Ord., t. XII, p. 273.)--Un acte plus odieux encore, c'est celui qui ordonne que les Parisiens seront payés de ce qui leur est dû sur les biens des proscrits, de manière à associer Paris au bénéfice de la confiscation. (Ord., t. XII, p. 281.) Cela fait penser aux statuts anglais qui donnaient part aux communes dans les biens des lollards.

210--page 308, note 2--Chronique de Georges Chastellain...

En citant pour la première fois Chastellain, je ne puis m'empêcher de remercier M. Buchon d'avoir recherché avec tant de sagacité les membres épars de cet éloquent historien. Espérons qu'on publiera bientôt le fragment qui manquait encore et que M. Lacroix vient de retrouver à Florence.

211--page 308--Les princes du Rhin tendaient la main à l'argent anglais...

Procuration du roi d'Angleterre au Palatin du Rhin pour recevoir l'hommage de l'électeur de Cologne. (Rymer, t. IV, p. I, p. 158-159, 4 mai 1416.)--Autre au Palatin du Rhin (pensionnaire de l'Angleterre), pour qu'il reçoive l'hommage des électeurs de Mayence et de Trèves. (Ibid., p. II, p. 102, 1 april. 1419.)

212--page 310--Les politiques doutaient fort de l'utilité du Concile de Constance...

Petrus de Alliaco, De Difficultate reformationis in concilio, ap. Von der Hardt, Concil. Constant., t. I, p. VI, p. 256.--Schmidt, Essai sur Gerson, p. 57; Strasb., 1839.

213--page 313--Jérôme de Prague était venu braver l'Université de Paris...

Royko, I theil, 112. Jean Huss avait, dit-on, défié l'Université de Paris: «Veniant omnes magistri de Parisiis! Ego volo cum ipsis disputare qui libros nostros cremaverunt in quibus honor totius mundi jacuit!» (Concil. Labbe, t. XII, p. 140.)

214--page 314--Gerson avait écrit à l'archevêque de Prague pour qu'il livrât Jean Huss au bras séculier...

«... Securis brachii secularis... In ignem mittens... misericordi crudelitate. Nimis altercando... deperdetur veritas... Vos brachium invocare viis omnibus convenit.» (Gerson. Epist. ad archiepisc. Prag., 27 mai 1414.--Bulæus, V, 270.)

215--page 315, note 1--Jean Huss et Jérôme de Prague...

V. les détails du supplice de Jean Huss et de Jérôme. (Monumenta Hussi, t. II, p. 515-521, 532-535.)

216--page 316--Les gallicans n'eurent pas la réforme...

Clémengis leur avait écrit pendant le concile qu'ils n'arriveraient à aucun résultat: «Excidit spes unicuique unquam videndæ unionis... Quis in re desperata suum libenter velit laborem impendere? Ibit schisma Latinæ Ecelesiæ, cum schismate Græcorum, in incuriam atque oblivionem.». (Nic. Clemeng. Epist., t. II, p. 312.)

217--page 319--Jean Gerson...

Sur le tombeau de Gerson, et sur le culte dont il était l'objet jusqu'à ce que les Jésuites eussent fait prévaloir une autre influence, voyez l'Histoire de l'église de Lyon, par Saint-Aubin, et une lettre de M. Aimé Guillon, dans la brochure de M. Gence: Sur l'Imitation polyglotte de M. Montfalcon. Il n'existe qu'un portrait de Gerson, celui que M. Jarry de Nancy a donné dans sa Galerie des Hommes utiles, d'après un manuscrit.

218--page 321--À la prise de Meaux, trois religieux de Saint-Denis, etc.

«In horribili carcere cum vitæ austeritate detineri fecit.»--Le Religieux de Saint-Denis, sans être arrêté par les préjugés de sa robe, décide avec son bon sens ordinaire que, quoique moines, ils ont dû résister à l'ennemi: «Minus bene considerans quæ canunt jura, videlicet vim vi repellere omnibus cujuscumque status... licitum esse, pugnareque pro patria.» (Religieux, ms., fol. 176-177.)

219--page 322--Henri V charge l'archevêque de Cantorbéry et le cardinal de Winchester de percevoir...

«Exitus et proficus de wardis et maritagiis, ac etiam forisfacturas... Volentes quod H. Cantuariensis archiepiscopo, H. Wintoniensi cancellario nostro, et T. Dunolmensi episcopis, ac... militi nostro J. Rothenhale persolvantur.» (Rymer, t. IV, p. I, p. 150, 28 nov. 1415.)

Il fallait mettre Harfleur en état de défense...

Presse de maçons, tuiliers, etc, pour aller fortifier Harfleur. (Ibid., p. 152, 16 décembre 1415.)

220--page 323, note 2--Henri V reprochait au cardinal de Winchester d'usurper les droits de la royauté...

Voy. les lettres de pardon qu'il accorde. (Rymer, t. IV, p. II, p. 7, 23 juin 1417.)--Mais, tout vainqueur, tout populaire qu'était alors Henri V, il craignait ce dangereux prêtre. Il lui accorde une faveur le 11 septembre suivant, l'appelle son oncle, etc.

221--page 326--Les paysans souffrant des courses et des pillages du parti de Charles VII, etc.

C'est ce que disent du moins les historiens du parti bourguignon, Monstrelet et Pierre de Fenin: «Et en y eut plusieurs qui commencèrent à eux armer avec les Anglois, non pas gens de grand'autorité...» (Monstrelet, t. IV, p. 143.)--Pierre de Fenin assure même que «le povre peuple l'amoit sur tous les autres; car il estoit tout conclu de préserver le menu peuple contre les gentis-hommes». (Fenin, p. 187, dans l'excellente édition de mademoiselle Dupont, 1837.)

222--page 329--Les Anglais firent une charge meurtrière sur le petit peuple de Paris...

Montrelet, t. IV, p. 277, 309. Les Parisiens finirent par comprendre ainsi que l'Anglais c'était l'ennemi. Ils en étaient déjà avertis par le langage. Les ambassadeurs anglais «requirent ledit président de exposer icelle créance, pour ce que chascun n'eut sceu bien aisément entendre leur françois langage...» (Archives, Registres du Parlement, Conseil, XIV, fol. 215-216, mai 1420.)

223--page 330--Budget d'Henri V...

«Pro Calesio et marchiis ejusdem, XII M marcas; pro custodia Angliæ, VIII M marcas; pro custodia Hiberniæ, II M D marcas.» (Rymer, ibid., p. 27, 6 mai 1421.)

224--page 333--«C'est moi qui aurais conquis la terre sainte.»

Henri V avait envoyé pour examiner le pays le chevalier Guillebert de Launey, dont nous avons le rapport: «Sur plusieurs visitations de villes, pors et rivières, tant as par d'Égypte, comme de Surie, l'an de grâce 1422, le commandement, etc.» (Turner, vol. II, 477.)

225--page 337--On dit qu'il n'y avait pas moins de vingt-quatre mille maisons abandonnées...

Nombre exagéré évidemment. Toutefois il ne faut pas oublier qu'il y avait alors plus de maisons à proportion qu'aujourd'hui, parce qu'elles étaient fort petites et qu'il n'y avait guère de famille qui n'eût la sienne.--Il résulte des détails qu'on trouve dans la vie de Flamel que la dépopulation avait commencé dès 1406. (Vilain, Hist. de Flamel, p. 355.)

226--page 338--Une paix criée et chantée...

C'était au reste un usage fort ancien.--«Et fut criée parmi Paris à quatre trompes et à six ménestriers (19 sept. 1418)... Et tous les jours à Paris, especialement de nuit, faisoit-on très-grant feste pour ladite paix, à ménestriers et autrement (11 juillet 1419).» (Journal du Bourgeois, p. 249-260.)--Il paraît qu'on se disputait les joueurs de violon: «Ayant commencé une feste ou noce, ils seront obligés d'y rester jusques à ce qu'elle soit finie.» (Archives, Ordinatio super officio de Jongleurs, etc., 24 april. 1407, Registre J, 161, nº 270.)

227--page 340--Les grandes épidémies, etc.

Sur la peste noire, sur les Flagellants et leurs cantiques, voir le tome III de cette Histoire. Le savant et éloquent Littré a donné, dans la Revue des Deux Mondes (février 1836, t. V de la IVe série, p. 220), un article d'une haute importance: Sur les grandes épidémies.--M. Larrey, qui a fait une intéressante notice sur la chorée ou danse de Saint-Gui, aurait dû peut-être rappeler que cette maladie avait été commune au quatorzième siècle. (Mémoires de l'Académie des sciences, t. XVI, p. 424-437.)

228--page 341, note 1--La danse des morts ou danse macabre...

Selon M. Van Praet (Catalogue des livres imprimés sur vélin), ce mot viendrait de l'arabe magabir, magabaragh (cimetière). D'autres le tirent des mots anglais make, break (faire, briser), unis ensemble pour imiter le bruit du froissement et du craquement des os. On croyait, dès la fin du quinzième siècle, que Macabre était un nom d'homme; c'est l'opinion la moins probable de toutes.

229--page 341, note 4--L'art vivant, l'art en action, a partout précédé l'art figuré...

C'est ce que Vico, entre autres, a très bien compris. Sur la danse, voir particulièrement le curieux ouvrage de Bonne, Histoire de la danse, in-12. Paris, 1723.

230--page 341--Mimes sacrés, etc.

J'ai parlé de ces drames à la fin du tome II de cette Histoire. Ailleurs j'ai rappelé un charmant mime de Résurrection qui se représente dans les processions de Messine. Introduction à l'Histoire universelle, d'après Blunt, Vestiges of ancient manners discoverable in modern Italy and Sicily, p. 158.

231--page 342--Le spectacle de la danse des morts se joua à Paris...

«Item, l'an 1424 fut faite la Danse Maratre aux Innocents et fut commencée environ le moys d'aoust et achevée au karesme suivant.» (Journal du Bourgeois de Paris, p. 352.) «En l'an 1429, le cordelier Richart, preschant aux Innocents, estoit monté sur ung hault eschaffaut qui estoit près de toise et demie de haut, le dos tourné vers les charniers en-contre la charronnerie, à l'endroit de la danse macabre.» (Ibid., p. 384.)--Je crois, avec Félibien et MM. Dulaure, de Barante et Lacroix, que c'était d'abord un spectacle, et non simplement une peinture, comme le veut M. Peignot: c'est le progrès naturel, comme je l'ai déjà fait remarquer. Le spectacle d'abord, puis la peinture, puis les livres de gravures avec explication.--La première édition connue de la Danse macabre (1485) est en français, la première édition latine (1490) a été donnée par un Français; mais elle porte: Versibus alemanicis descripta. Voy. le curieux travail de M. Peignot, si intéressant sous le rapport bibliographique: Recherches sur les danses des morts et sur l'origine des cartes à jouer. Dijon, 1826.

232--page 343--Le charnier des Innocents...

Mémoire de Cadet-de-Vaux, rapport de Thouret, et procès-verbal des exhumations du cimetière des Innocents, cités par M. Héricart de Thury, dans sa Description des catacombes, p. 176-178.

· · ·

En terminant l'impression de ce volume, je dois remercier les personnes fort nombreuses qui m'ont fourni des indications utiles, particulièrement mes amis ou élèves de l'École normale, de l'École des Chartes et des Archives, dont la plupart, jeunes encore, occupent déjà un rang distingué dans l'enseignement et dans la science: MM. Lacabane, Castelnau, Chéruel, Dessalles, Rosenvald, de Stadler, Teulet, Thomassy, Yanoski, etc. (Note de 1840.)

FIN DU TOME QUATRIÈME

TABLE DES MATIÈRES

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