CHAPITRE VI.
DES SCIENCES OCCULTES.
SOMMAIRE.--Coup d'oeil synthétique sur les sciences occultes.--La recherche de l'absolu.
Le secret des sciences occultes c'est celui de la nature elle-même, c'est le secret de la génération des anges et des mondes, c'est celui de la toute-puissance de Dieu!
[526] Vous serez comme les Élohims, connaissant le bien et le mal, avait dit le serpent de la Genèse, et l'arbre de la science est devenu l'arbre de la mort.
Depuis six mille ans, les martyrs de la science travaillent et meurent au pied de cet arbre pour qu'il redevienne l'arbre de vie.
L'absolu cherché par les insensés et trouvé par les sages, c'est la vérité, la réalité et la raison de l'équilibre universel!
L'équilibre, c'est l'harmonie qui résulte de l'analogie des contraires.
Jusqu'à présent l'humanité a essayé de se tenir sur un seul pied, tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre.
Les civilisations se sont élevées et ont péri, soit par la démence anarchique du despotisme, soit par l'anarchie despotique de la révolte.
Tantôt les enthousiasmes superstitieux, tantôt les misérables calculs de l'instinct matérialiste ont égaré les nations, et Dieu pousse le monde enfin vers la raison croyante et les croyances raisonnables.
Nous avons eu assez de prophètes sans philosophie et de philosophes sans religion, les croyants aveugles et les sceptiques se ressemblent et ils sont aussi loin les uns que les autres du salut éternel.
Dans le chaos du doute universel et des conflits de la science et de la foi, les grands hommes et les voyants n'ont été que des artistes malades qui cherchaient la beauté idéale aux risques et périls de leur raison et de leur vie.
Aussi voyez-les tous encore, ces sublimes enfants, ils sont [527] fantasques et nerveux comme des femmes, un rien les blesse, la raison les offense, ils sont injustes les uns envers les autres, et eux qui ne vivent que pour être couronnés, ils sont les premiers à faire dans leurs fantasques humeurs ce que Pythagore défend d'une manière si touchante dans ses symboles admirables, ils déchirent et foulent aux pieds les couronnes! Ce sont les aliénés de la gloire, mais Dieu, pour les empêcher de devenir dangereux, les contient avec les chaînes de l'opinion.
Le tribunal de la médiocrité juge le génie sans appel, parce que le génie étant la lumière du monde, est regardé comme nul et comme mort, dès qu'il n'éclaire pas.
L'enthousiasme du poëte est contrôlé par le sang-froid de la prosaïque multitude. L'enthousiaste que le bon sens public n'accepte pas, n'est point un génie, c'est un fou.
Ne dites pas que les grands artistes sont les esclaves de la foule ignorante, car c'est d'elle que leur talent reçoit l'équilibre de la raison.
La lumière, c'est l'équilibre de l'ombre et de la clarté.
Le mouvement, c'est l'équilibre de l'inertie et de l'activité.
L'autorité, c'est l'équilibre de la liberté et du pouvoir.
La sagesse, c'est l'équilibre dans les pensées.
La vertu, c'est l'équilibre dans les affections; la beauté, c'est l'équilibre dans les formes.
Les belles lignes sont les lignes justes, et les magnificences de la nature sont un algèbre de grâces et de splendeurs.
[528] Tout ce qui est juste est beau: tout ce qui est beau doit être juste.
Le ciel et l'enfer sont l'équilibre de la vie morale; le bien et le mal sont l'équilibre de la liberté.
Le grand oeuvre, c'est la conquête du point central où réside la force équilibrante. Partout ailleurs, les réactions de la force équilibrée conservent la vie universelle par le mouvement perpétuel de la naissance et de la mort.
C'est pour cela que les philosophes hermétiques comparent leur or au soleil.
C'est pour cela que cet or guérit toutes les maladies de l'âme et donne l'immortalité. Les hommes arrivés à ce point central sont les véritables adeptes, ce sont les thaumaturges de la science et de la raison.
Ils sont maîtres de toutes les richesses du monde et des mondes, ils sont les confidents et les amis des princes du ciel, la nature leur obéit parce qu'ils veulent ce que veut la loi qui fait marcher la nature.
Voilà ce que le Sauveur du monde appelle le royaume de Dieu! c'est le sanctum regnum de la sainte kabbale. C'est la couronne et l'anneau de Salomon, c'est le sceptre de Joseph devant lequel s'inclinent les étoiles du ciel et les moissons de la terre.
Cette toute-puissance nous l'avons retrouvée, et nous ne la vendons pas, mais si Dieu nous avait chargé de la vendre, nous ne trouverions pas que ce soit assez de toute la fortune des acheteurs; nous leur demanderions encore, non pas pour nous, mais pour elle toute leur âme et toute leur vie!
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