‹ Histoire de la peinture en ItalieChapitre 157 sur 187 · CHAPITRE CLXI.

CHAPITRE CLXI.

STATUES DE SAINT LAURENT.

Toutes les statues de Saint-Laurent ne sont pas terminées. Dans le genre terrible, ce défaut est presque une grâce. L'on voit en entrant deux tombeaux: l'un à droite, l'autre à gauche, contre les murs de la chapelle. Dans des niches au-dessus des tombeaux sont les statues des princes. Sur chacune des tombes, sont couchées deux statues allégoriques.

Par exemple, une femme endormie représente la Nuit[458]; une figure d'homme, couchée d'une manière bizarre, est le Jour. Ces deux statues sont là pour signifier le temps qui consume tout. On sent bien que ces statues représentent le Jour et la Nuit, comme le Courage et la Clémence, comme deux êtres moraux quelconques et de sexe différent. On est presque toujours sûr de bâiller, dès qu'on rencontre les Vertus ou les Muses. Il n'y a pour les caractériser que quelques attributs de convention. C'est comme la musique descriptive.

J'aime assez la Nuit, malgré sa position contournée où le sommeil est impossible; c'est qu'elle a fait faire à Michel-Ange des vers qui ont de l'âme.

Un jour il trouva écrit sous la statue:

La notte che tu vedi in si dolci atti Dormir, fu da un Angelo scolpita In questo sasso, e perchè dorme ha vita; Destala se nol credi, e parleratti[459].

Michel-Ange écrivit au bas du papier:

Grato m'è il sonno, e più l'esser di sasso, Mentre che 'l danno, e la vergogna dura, Non veder non sentir m'è gran ventura, Però non mi destar! deh parla basso!

Heureuse l'Italie si elle avait beaucoup de tels poëtes!

[458] Vasari s'écrie: «Chi è quegli che abbia per alcun secolo in tale arte veduto mai statue antiche o moderne cosi fatte? (X., 109.)

[459] La nuit, que tu vois plongée dans un si doux sommeil, fut tirée de ce marbre par la main d'un ange, et parce qu'elle dort elle est vivante. Si tu en doutes, éveille-la.

RÉPONSE.

Il me plaît de dormir, encore plus d'être de marbre. Tant que dure le règne de la platitude et de la tyrannie, ne pas voir, ne pas sentir, m'est un bonheur suprême. Donc ne m'éveille pas; je t'en prie, parle bas.

Le premier quatrain est de G. B. Strozzi.

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