‹ Histoire de la peinture en ItalieChapitre 79 sur 187 · CHAPITRE LXXXII. - IL S'ÉLOIGNE DE PLUS EN PLUS DE LA NATURE.

CHAPITRE LXXXII. - IL S'ÉLOIGNE DE PLUS EN PLUS DE LA NATURE.

L'artiste ravi médite sur son ouvrage avec une nouvelle ferveur; il se rappelle le principe fondamental, que le spectateur n'a qu'une certaine quantité d'attention.

«Si je veux porter à son comble ce sentiment que le sauvage dévot doit éprouver devant mon Jupiter, il faut que par elle-même l'imitation physique vole aussi peu que possible de cette attention précieuse. Il faut que la pensée traverse rapidement tout ce qui est matière, pour se trouver en présence de cette puissance terrible, et pourtant consolante, qui siége sur les sourcils de Jupiter. Tout est perdu, si en regardant la main du dieu, le sauvage va reconnaître les plis de la peau qu'il se souvient d'avoir vus sur les siennes. S'il se met à comparer sa main à celle du dieu, s'il s'avise de me louer sur la vérité de l'imitation, je suis sans ressources. Comment y aurait-il encore place dans ce cœur pour l'anéantissement dont la présence du maître des dieux et des hommes doit le frapper?»

Il n'y a qu'un parti, sautons tous ces malheureux détails qui pourraient dérober une part de l'attention[238]; j'en pourrai donner plus de physionomie à ceux que je garderai.

[238] Dans les discours, brevitas imperatoria, style de César. Lois des douze Tables, voir Bouchard. Dans les beaux récitatifs, la grandeur du style vient de l'absence des détails; les détails tuent l'expression.

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