IV. PARTIE ÉLECTRO-MAGNÉTIQUE.
Découverte de la propriété d’attirer la limaille de fer que possède le fil rhéophore, qui unit les pôles de la pile.--Aimantation d’une aiguille au moyen du passage du courant électrique en hélice; points conséquents qui en résultent.--Magnétisme de rotation, par lequel il a été constaté d’une manière rigoureuse que tous les corps sont susceptibles d’acquérir du magnétisme, fait déjà deviné par William Gilbert, et rendu probable par les ingénieuses expériences de Coulomb.--Observations des variations horaires de la déclinaison magnétique à Paris depuis 1818; changements séculaires du même phénomène.--Discussion sur le mouvement, de l’est à l’ouest, des nœuds ou points d’intersection de l’équateur magnétique avec l’équateur géographique.--Perturbations qu’éprouve, par l’influence des aurores polaires, la marche des variations horaires de la déclinaison magnétique dans des endroits où l’aurore polaire n’est pas visible.--Simultanéité des perturbations de déclinaison (orages magnétiques), prouvée par des observations correspondantes entre Paris et Kasan, entre Paris et Berlin, entre Paris, Berlin et les mines de Freiberg, en Saxe.--Observation de la déviation qu’éprouve, par l’approche d’un aimant, le jet de lumière qui réunit les deux bouts du charbon conducteur, dans un courant électrique fermé; analogies qu’offre cette expérience avec les phénomènes de l’aurore boréale.--Découverte faite en 1827 de la variation horaire de l’inclinaison et de l’intensité magnétiques.
V. PARTIE RELATIVE A LA MÉTÉOROLOGIE ET AUX PRINCIPES GÉNÉRAUX DE PHYSIQUE ATMOSPHÉRIQUE.
Détermination du poids spécifique de l’air, faite conjointement avec M. Biot.--Expériences faites avec M. Dulong, à l’effet de constater que la loi de Mariotte n’éprouve aucune variation essentielle jusqu’à la pression de vingt-sept atmosphères et bien au delà.--Expériences dangereuses, faites avec le même physicien, sur les forces élastiques de la vapeur d’eau à de très-hautes températures.--Table des forces élastiques de la vapeur d’eau et des températures correspondantes.--Formation des halos et lumière polarisée que les halos reflètent.--Cyanomètre.--Recherches optiques sur les causes de la couleur des eaux de la mer et des rivières.--Froid produit par l’évaporation.--Recherches sur les quantités de pluie qui tombent à diverses hauteurs et en différents lieux.--Explication des effets nuisibles attribués à la lune rousse.--Un Mémoire très-étendu sur le tonnerre, la foudre et les éclairs de chaleur, augmenté de nombreuses additions que M. Arago, pendant sa dernière maladie, dictait à un secrétaire savant et dévoué, M. Goujon, jeune astronome de l’Observatoire de Paris, qui a écrit de la même manière, sous la dictée de son illustre maître, le traité d’_Astronomie populaire_.--Expériences sur la vitesse du son, faites en 1822, conjointement avec MM. Gay-Lussac, Bouvard, Prony, Mathieu et Humboldt, avec l’aide de l’artillerie de la garde royale, entre Montlhéry et Villejuif.
VI. PARTIE RELATIVE A LA GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.
Niveau des mers.--État thermométrique du globe.--Température de la surface des mers à différentes latitudes, et dans les différentes couches superposées jusqu’aux plus profondes.--Courants d’eau chaude et d’eau froide.--Les eaux de l’Océan comparées à l’atmosphère qui les recouvre, sous le rapport de la température.--Couleur du ciel et des nuages à différentes hauteurs au-dessus de l’horizon.--Point neutre de polarisation dans l’atmosphère.--Emploi d’une plaque de tourmaline taillée parallèlement aux arêtes du prisme, pour voir les écueils et le fond de la mer.--Température de l’air autour du pôle boréal.--Température moyenne de l’intérieur de la terre à des profondeurs accessibles à l’homme (les observations faites sur la température des puits forés, de différentes profondeurs, ont conduit à la loi qui donne l’accroissement de chaleur à mesure que l’on s’enfonce dans l’intérieur de la terre).
· · ·
Tel est le tableau, encore bien incomplet malgré les richesses immenses qu’il renferme, des travaux de M. Arago. Ils l’ont élevé au rang des hommes les plus éminents du XIXe siècle. Son nom sera honoré partout où se conservent le respect pour les services rendus aux sciences, le sentiment de la dignité de l’homme et de l’indépendance de la pensée, l’amour des libertés publiques. Mais ce n’est pas seulement l’autorité d’une puissante intelligence qui a donné à M. Arago la popularité dont il a joui; ce qui a contribué encore à mettre son nom en honneur, c’est le zèle consciencieux qui ne s’est point démenti à l’approche de la mort, ce sont ses efforts désespérés pour remplir jusqu’au dernier moment les devoirs les plus minutieux. Il ne faut pas non plus oublier le charme de sa diction, l’aménité de ses mœurs, la bienveillance de son caractère. Capable du plus tendre dévouement, modérant toujours par sa bonté naturelle la vivacité d’une âme ardente, M. Arago a goûté, au centre d’une famille spirituelle et aimante, les paisibles douceurs de la vie domestique. Ce qu’une touchante assiduité, l’exercice d’une intelligente prévoyance, et le zèle le plus tendre et le plus inventif ont pu offrir de consolation et de soulagement, M. Arago l’a trouvé pendant le lent épuisement de ses forces, dans le cercle, malheureusement trop étroit, des parents qui lui étaient chers. Il est mort environné de ses fils; d’une sœur, madame Mathieu, digne de la tendre affection d’un tel frère; d’une nièce, madame Laugier, qui s’est consacrée à lui avec la plus touchante abnégation, et qui, au dernier moment, s’est montrée aussi grande dans la douleur que noble dans le dévouement.
Éloigné du lit de souffrance de M. Arago, je n’ai pu faire entendre que de loin les accents de ma vive affliction. La certitude même d’une perte prochaine n’a pu en diminuer l’amertume. Pour rendre un dernier hommage à celui qui vient de descendre dans la tombe, je consignerai ici quelques lignes qui déjà ont été publiées ailleurs. «Ce qui caractérisait, disais-je, cet homme unique, ce n’était pas seulement la puissance du génie qui produit et féconde, ou cette rare lucidité qui sait développer des aperçus nouveaux et compliqués, comme choses longuement acquises à l’intelligence humaine; c’était aussi le mélange attrayant de la force et de l’élévation d’un caractère passionné, avec la douceur affectueuse du sentiment. Je suis fier de penser que, par mon tendre dévouement et par la constante admiration que j’ai exprimée dans tous mes ouvrages, je lui ai appartenu pendant quarante-quatre ans, et que mon nom sera parfois prononcé à côté de son grand nom.»
Alexandre de HUMBOLDT.
Potsdam, novembre 1853.
HISTOIRE
DE
MA JEUNESSE[1].
[1] Œuvre posthume.