‹ Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu'à nos jours - IIChapitre 18 sur 39 · IV.

IV.

LA BUTTE SAINT-ROCH, LES RUES SAINTE-ANNE ET DE GRAMMONT

La butte des Moulins ou Saint-Roch, formée par des dépôts d'immondices, était jadis couverte de moulins et servait de marché aux pourceaux; c'était aussi là qu'on _bouillait_ les faux monnayeurs. Elle a joué un grand rôle dans les siéges de Paris, car de là on dominait la porte Saint-Honoré et l'on pouvait observer le Louvre. C'est par là que Jeanne d'Arc attaqua la ville: «Vint le roy Charles VII, dit une chronique, aux champs vers la porte Saint-Honoré, sur une manière de butte ou montagne qu'on nommoit le Marché aux pourceaux, et y fit dresser plusieurs canons et couleuvrines. Jehanne la Pucelle dit qu'elle vouloit assaillir la ville;... avec une lance elle sonda l'eau; quoi faisant elle eut, d'un trait d'arbalète, les deux cuisses percées.» On commença à bâtir sur cette butte sous Charles IX, mais les travaux furent interrompus pendant les guerres civiles. Ils furent repris sous Louis XIII: on abaissa la butte de moitié et l'on traça douze rues; mais les moulins subsistèrent jusqu'à la fin du XVIIe (p.225) siècle, et, sous la Régence, il y avait encore de grands espaces vides. On sait quel rôle a joué la butte Saint-Roch au 13 vendémiaire.

La rue _Sainte-Anne_ était autrefois une ruelle infecte de la butte des Moulins et qu'on appelait la rue au Sang ou de la Basse-Voirie: elle fut bâtie en 1633 et prit le nom de la reine Anne d'Autriche. La portion comprise entre les rues Neuve-des-Petits-Champs et Neuve-Saint-Augustin s'est appelée pendant quelque temps de _Lionne_, à cause de l'hôtel de ce grand ministre, dont nous avons déjà parlé. En 1792, on lui donna le nom d'_Helvétius_, cet écrivain étant né dans cette rue en 1715, et elle garda ce nom jusqu'en 1814. Au coin de la rue des Petits-Champs était un hôtel bâti par Lulli et qui porte encore les attributs de la musique; il fut habité par madame Dubarry pendant la révolution, et c'est là qu'elle fut arrêtée pour être conduite à l'échafaud. Au n° 63 était la communauté des Nouvelles-Catholiques, fondée en 1672 dans une maison qui avait été donnée par Turenne. La rue Sainte-Anne se prolonge jusqu'au boulevard des Italiens sous le nom de rue de _Grammont_, laquelle date de 1726.