‹ Histoire de Quillembois SoldatChapitre 1 sur 1 · L'ÉVASION

L'ÉVASION

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Les événements se passèrent bien ainsi que les avait prévus le petit soldat. Mais, tandis que la bergère tombait au pied du mur de la maison, Quillembois fut jeté beaucoup plus loin: il tomba d'abord sur un arbuste pour dégringoler ensuite dans un gros chou.

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Un peu étourdi par sa chute, il essayait de se remettre d'aplomb, mais, dans ce mouvement, il glissa malencontreusement entre deux feuilles et, malgré tous les efforts qu'il fit, il ne put se dégager de leur étreinte.

Prise de peur en se voyant séparée de son compagnon, la petite bergère n'osait plus bouger: tout ce grand monde inconnu qu'elle voyait autour d'elle l'effrayait plus encore que les coups de canon.

Alors, de désespoir, elle se laissa rouler au bord d'une allée, espérant qu'on l'y retrouverait bientôt.

En effet, quelques heures plus tard, Quillembois entendit les cris de joie de la petite fille, ravie d'avoir retrouvé son jouet.

Il pensa tristement qu'il allait être éloigné pour toujours de la petite bergère rose et verte.

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QUILLEMBOIS REVIENT SANS GLOIRE

Quillembois passa de longues journées dans le chou.

Il souffrit beaucoup, car, au fur et à mesure que le chou poussait, ses feuilles grossissaient de telle façon que Quillembois était de plus en plus serré entre elles.

Il avait, de plus, à subir deux fois par jour le supplice de l'arrosage, excellent pour les choux, mais très mauvais pour les soldats de bois; dans la journée, de grosses mouches se promenaient sur sa figure et le chatouillaient désagréablement; pendant la nuit, les limaces rampaient sur son corps et laissaient derrière elles des traînées de leur bave dégoûtante.

Il pensait bien pourrir là, lorsqu'un jour le chou fut cueilli pour être mis dans la soupe. Quillembois glissa dans la marmite, y resta toute la journée et fut retrouvé, le soir, à table, dans la soupière.

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Mais dans quel état!! Les brillantes couleurs de ses joues étaient ternies; son pantalon rouge était d'un rose sale; sa belle tunique, décolorée, était souillée de graisse; son shako noir était devenu gris; ses bras, son fusil, son sac et la confortable rondelle qui lui servait jadis de souliers, le tout, décollé, flottait sur le bouillon.

La cuisinière fut appelée: on lui montra les horreurs qui nageaient là et on la chassa sur-le-champ en lui ordonnant de remporter la soupière. Aussi, dès qu'elle fut dans la cuisine, elle saisit, de rage, le corps de Quillembois, le jeta par terre, et, d'un vigoureux coup de pied, elle l'envoya, sous un meuble, rouler dans la poussière.

Comme la bonne était aussi sale que la cuisinière, Quillembois resta de longs jours sous ce meuble. Mais, une fois par mois, la maîtresse de maison présidait elle-même au balayage.

Ce jour-là, Quillembois reçut dans les reins un bon coup de balai qui l'envoya rebondir sur les marches d'un escalier: au moment même, le petit garçon blond descendait de sa chambre.

Au bruit que fit Quillembois le petit garçon se précipita. Après un instant d'hésitation, il vit que cette chose informe était un de ses soldats et Quillembois fut remis dans sa boîte, avec les autres jouets, dans l'armoire habituelle.

UNE GRANDE DOULEUR

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Lorsque le pauvre Quillembois fut de retour parmi ses camarades, il eut un moment de bonheur, mais sa joie fut de courte durée.

Aucun des soldats ne voulut reconnaître, dans ce morceau de bois gras et sale, qui sentait encore le chou, leur ancien compagnon de gloire. Tous lui tournaient le dos avec mépris et, comme il insistait pour reprendre sa place au milieu d'eux, le capitaine donna l'ordre à ses soldats de jeter Quillembois par-dessus le bord de la boîte.

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Les soldats obéirent et Quillembois tomba en plein dans la bergerie: à quelques rondelles de lui, la bergère verte et rose gardait toujours ses moutons.

En l'apercevant, Quillembois poussa un cri de joie et se précipita vers elle: il pleurait d'émotion en retrouvant sa chère petite pastoure qu'il croyait bien ne plus jamais revoir.

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Mais la bergère eut peur de cet homme sans bras, qui titubait sur son pied trop petit et elle courut se réfugier auprès d'un grand berger bleu et gris qui était armé d'un solide gourdin; comme elle criait de toutes ses forces: «Au fou, au fou!» d'autres bergers accoururent avec des chiens et mirent en fuite Quillembois, qui, après mille difficultés, réussit à se hisser jusqu'au sommet de l'église, où il put enfin échapper à leur colère.

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Toute l'eau dont il s'était imbibé pendant l'arrosage, tout le bouillon de choux dont il s'était imprégné dans la marmite et dans la soupière s'en allèrent durant cette nuit sous forme de larmes, car Quillembois ne connut jamais de douleur plus amère.

Devant l'église, bergers, arbres, maisons, chiens et moutons dansaient joyeusement pour célébrer les fiançailles de la petite bergère verte et rose et du grand berger gris et bleu.

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LA FIN DE QUILLEMBOIS

Lorsqu'il eut épuisé toutes ses larmes et qu'il ne fut plus qu'un petit morceau de bois sec et ratatiné, Quillembois voulut s'éloigner pour toujours du lieu de son malheur.

Entre l'extrême bord du rayon sur lequel il se trouvait et la porte de l'armoire, il existait un vide assez grand pour qu'il pût y passer. Quillembois se rappelait avoir vu, sur la planchette inférieure, des livres et des plumiers. Il espérait qu'au milieu d'eux il pourrait peut-être vivre ignoré et se refaire une existence calme et paisible, comme celle d'un vieux savant.

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Il abandonna donc son refuge, s'approcha du bord du rayon et se laissa tomber au hasard.

Mais son malheur voulut qu'il chût la tête la première dans un encrier qui n'avait justement pas été bouché. La jupe de sa tunique, trop large pour passer par l'ouverture du flacon, l'empêcha de couler jusqu'au fond mais il resta là, les pieds en l'air et la tête dans l'encre, sans pouvoir se dégager.

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Il fut retrouvé le lendemain, dans cette position inattendue, par les enfants qui venaient chercher leurs jouets. En le voyant, ils s'accusèrent mutuellement de s'être joué ce mauvais tour et ils se disputèrent bien.

Mais lorsqu'ils eurent retiré Quillembois de l'encrier, ils rirent tellement en voyant sa pauvre tête noire, qu'ils ne restèrent pas fâchés plus longtemps et qu'ils coururent vers la chambre de leurs parents, voulant leur montrer ce personnage ridicule, espérant bien que tout le monde en rirait autant qu'eux.

L'encre qui dégouttait de la tête de Quillembois tacha le tapis de la salle à manger, l'escalier, le parquet de la chambre. Le héros démodé n'eut pas un succès de rire, mais d'horreur.

Alors, arraché des mains qui le tenaient, il fut jeté dans le feu où il se consuma.

Ses anciens camarades, le tambour, le capitaine, le porte-drapeau disparaîtront à leur tour: les bergers, les moutons, les bergères roses et vertes s'en iront aussi en fumée ou en poussière.

Des jouets naissent, des jouets meurent: et leur histoire se ressemble beaucoup.

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TABLE

PAGES

Le Portrait de Quillembois 5

Premier Chagrin 7

Le Départ 9

Un Rêve 11

Le Magasin 14

Les Jouets humbles 16

Les Jouets riches 18

Quillembois est vendu 25

Une Page d'Histoire 27

Nuit de Noël 32

Quillembois est donné 37

Première Sortie 40

Première Victoire 43

Souvenirs du Passé 48

Vie de Garnison 51

Projets de Départ 54

L'Évasion 57

Quillembois revient sans gloire 59

Une grande Douleur 62

La Fin de Quillembois 65

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IMPRIMÉ PAR BERGER-LEVRAULT

NANCY

End of Project Gutenberg's Histoire de Quillembois Soldat, by André Hellé