CHAPITRE IX.
Comment, après que la France eut gémi trente ans environ sous l’oppression des Païens, Hastings se rendant par mer à Rome pour la soumettre à la domination de Bier, fut jeté par une tempête auprès de Luna, ville d’Italie.
A la suite de toutes ces calamités qui furent pour les Gaules une sorte d’expiation qu’elles eurent à supporter durant près de trente années, Hastings, desirant élever son seigneur à une plus haute fortune commença avec une troupe de complices à viser plus sérieusement au diadême impérial. A la fin, après avoir tenu conseil, ces hommes lancèrent leurs voiles à la mer, résolus d’aller attaquer à l’improviste la ville de Rome et de s’en rendre maîtres. Mais une grande tempête [p. 18] s’étant élevée, ils furent poussés par le vent vers la ville de Luna, qui était appelée de ce nom, à cause de sa beauté. Les citoyens, étonnés de l’arrivée d’une telle flotte, barricadèrent les portes de leur ville, fortifièrent leurs remparts et s’encouragèrent les uns les autres à la résistance. Hastings, dès qu’il fut informé de leurs hardis projets, crut qu’il avait devant lui la ville de Rome, et se mit aussitôt à chercher avec le plus grand soin comment il pourrait s’en rendre maître par artifice. Enfin, envoyant à l’évêque et au comte de cette ville les ministres de sa perfidie, il leur fit dire qu’il n’avait point abordé en ces lieux avec intention et que son unique desir était de retourner dans sa patrie; qu’il ne voulait et ne demandait que la paix, et que lui-même, accablé d’une maladie mortelle, les faisait supplier humblement de vouloir bien le faire chrétien. Ayant entendu ces paroles, l’évêque et le comte se livrèrent aux transports de leur joie, conclurent la paix avec ce détestable ennemi de toute paix, et le peuple normand fut admis à entrer dans la ville, aussi bien que ses habitans.