‹ Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le ConquérantChapitre 136 sur 187 · CHAPITRE XL.

CHAPITRE XL.

Comment des brigands d’Angleterre, préparant une rébellion, construisirent le château de Durham, et furent détruits.

OR le roi Guillaume ayant terminé, selon ses vœux, toutes les affaires pour lesquelles il était venu en Normandie, donna le gouvernement de son duché à son fils Robert, alors brillant de toute l’ardeur de la jeunesse. Lui-même retourna dans son royaume d’Angleterre, et y trouva beaucoup d’hommes de cette nation, dont les cœurs mobiles s’étaient détournés de nouveau par de perfides conspirations de la foi qu’ils lui devaient. Ces brigands avaient conspiré dans toute l’étendue du pays pour surprendre et massacrer en tous lieux les chevaliers que le roi avait laissés pour la défense du territoire, au commencement du jeûne, et lorsqu’ils se rendraient dans les églises, marchant pieds nus, selon les lois de pénitence que la religion impose aux chrétiens; ils espéraient ensuite expulser plus facilement le roi lorsqu’il reviendrait. Mais les perfides machinations de ces ennemis de Dieu ayant été découvertes, craignant l’arrivée immédiate du grand triomphateur, ils s’enfuirent furtivement et en toute [p. 235] hâte, poussés par une grande terreur, et se retirèrent dans un certain quartier du comté de Cumberland, également inaccessible par eau et à cause de l’épaisseur des bois. Là ils construisirent un château muni de forts retranchemens, qu’ils nommèrent dans leur langage le château de Durham. De ce point de retraite ils faisaient très-souvent de nombreuses excursions, et revenaient ensuite s’y cacher, pour attendre l’arrivée du roi des Danois, Suénon, qu’ils avaient appelé à leur secours par des courriers. Ils envoyèrent aussi des députés aux gens d’Yorck, les invitant à les assister dans les funestes entreprises de leur méchanceté. S’étant donc réunis à ceux-ci, ils portèrent dans la ville des armes et de l’argent en abondance, se disposèrent à une vigoureuse résistance, et se donnèrent pour roi un certain enfant nommé Edgar, qui tirait sa noble origine du roi Edouard. Aussitôt que le roi Guillaume fut informé de leurs entreprises et de leurs efforts téméraires, il rassembla ses escadrons de Normands, et partit aussitôt pour aller réprimer leur insolence. Les rebelles, se confiant en leur courage et en leurs forces, sortirent de la ville, et marchèrent aussitôt contre l’armée du roi. Mais celle-ci les battit complétement; en sorte qu’ils perdirent un grand nombre d’hommes, et que les autres furent forcés de se retirer derrière leurs remparts. Les Normands les poursuivirent sans retard, pénétrèrent dans la ville en même temps que les fuyards, et la détruisirent presque toute entière par le fer et le feu, massacrant tous les habitans, depuis l’enfant jusqu’au vieillard. Les provocateurs de cette révolte n’échappèrent à la mort qu’en se sauvant sur leurs vaisseaux et suivant le cours de l’Humber.

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