CHAPITRE IV.
De l’invitation faite à Rollon en songe pour qu’il eût à se rendre en Angleterre, et de sa victoire sur les Anglais.
TANDIS qu’il demeurait depuis longtemps déjà dans l’île de Scanza, triste, agité des pensées pénibles qui tourmentaient son ame ardente, et méditant de se venger de ses ennemis, un grand nombre de ceux que la dureté du roi avait expulsés de la Dacie vinrent auprès de Rollon. Ses membres étaient épuisé de fatigue, il avait succombé au sommeil quand une fois il entendit retentir une voix divine, qui lui dit: « Rollon, lève-toi promptement, hâte-toi de traverser la mer avec tes navires et de te rendre en Angleterre. Là tu apprendras que tu dois retourner sain et sauf dans ta patrie, et y jouir à jamais et sans aucun trouble d’une douce paix. » Rollon ayant raconté ce songe à un certain homme sage et serveur du Christ, cet homme l’interpréta de la manière que voici: « Dans un temps à venir qui s’approche, tu seras purifié par le très-saint baptême, tu deviendras un très-digne serviteur du Christ, tu passeras de l’erreur du siècle présent jusques aux Anglais, c’est-à-dire aux anges, et tu feras avec eux une paix de gloire immortelle. » Aussitôt faisant attacher des voiles à ses navires, les munissant de leurs rames, et les chargeant de grain, de vin et de pièces de lard, Rollon traversa la mer à force de voiles, et arriva chez les Anglais, desirant y demeurer long-temps et en repos. [p. 28] Les habitans de ce territoire ayant appris l’arrivée de Rollon-le-Dace, levèrent une grande armée contre lui et firent tous leurs efforts pour le chasser de leur pays. Lui, selon son usage, marchant au combat sans hésiter, se porta à leur rencontre, leur tua un grand nombre d’hommes, et les autres ayant pris la fuite, il fatigua leurs épaules de sa lance. Enfin de plus grandes forces s’étant réunies aux hommes du pays qui avaient déjà pris les armes, ils conduisirent une nouvelle armée contre Rollon et cherchèrent à le tuer ou à le mettre en fuite. Mais, Rollon instruit aux travaux de la guerre, et rendu plus terrible par la nécessité de vaincre, couvert d’un casque merveilleusement garni en or, et revêtu d’une cuirasse à triple tissu, marcha vivement et sans hésitation contre les bandes armées qui s’avançaient pour le combattre; de son bras vigoureux il renversa des milliers d’hommes par terre, et poursuivant les fuyards d’une course rapide, il fit prisonniers plusieurs de leurs chefs; puis revenant sur le champ de bataille il ensevelit les corps des morts, fit enlever et transporter les blessés, et enchaîna ses prisonniers sur ses navires. Alors incertain entre trois projets différents, savoir, de retourner dans la Dacie, de se diriger vers la France, ou de demeurer sur le sol Anglais pour l’affliger par de nouveaux combats et de s’en rendre maître, il tomba dans une grande agitation, et devint extrêmement triste.
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