‹ Histoire des ducs de Normandie, suivie de: Vie de Guillaume le ConquérantChapitre 2 sur 187 · LIVRE PREMIER. - CHAPITRE PREMIER.

LIVRE PREMIER. - CHAPITRE PREMIER.

COMMENT HASTINGS OPPRIMA LA NEUSTRIE AVANT L’ARRIVÉE DE ROLLON.

Comment la vigueur des Francs s’affaiblit après avoir long-temps brillé avec éclat, en sorte qu’ils se trouvèrent moins en état de résister aux barbares Païens.

DÈS le moment où la nation des Francs, recueillant ses forces, eut secoué le joug de la servitude romaine, et courbé sa tête sous la domination des rois, l’église du Christ, prenant un rapide développement et portant des fruits d’un doux parfum, poussa ses conquêtes jusques aux limites de l’Occident. Car en ce temps les rois eux-mêmes, vaillans dans les exercices de la guerre, et s’appuyant de toute la vigueur de la foi chrétienne, remportaient fréquemment de très-grands triomphes sur les ennemis dont ils étaient de toutes parts enveloppés. Sous leur gouvernement la vigne du Christ, grandissant sans cesse, produisit d’innombrables rameaux de Fidèles. De cette vigne [p. 6] sortirent de très-nombreuses troupes de moines, lesquelles s’élançant comme des essaims d’abeilles s’élancent de leurs ruches, transportèrent dans les demeures célestes les rayons de leur miel, formé de toutes les fleurs du monde. Par eux a été élevée cette maison de la Jérusalem éternelle, semblable à ces étoiles brillantes qui resplendissent de toute éternité devant les yeux du roi éternel. Durant un long temps cette Eglise puissante déploya chez les Francs et sous divers rois une grande vigueur, jusqu’au temps où les quatre fils de l’empereur Louis ayant renoncé à la paix, la très-grande gloire qu’avait acquise le royaume des Francs commença à être ébranlée, de telle sorte que rassemblant de tous côtés leurs forces et se battant deux contre deux, sur le territoire d’Auxerre, auprès du bourg de Fontenay, ils en vinrent enfin, sous l’instigation du diable, à satisfaire leurs déplorables inimitiés par un massacre réciproque de Chrétiens. Ainsi, dépouillant presque entièrement leur patrie de la protection de ses chevaliers par la fréquence de leurs combats, ils la laissèrent, sans force, exposée aux invasions des Barbares ou de tout autre ennemi. En ce temps les Païens, sortant en foule des pays du Norique ou du Danemarck, avec le fils de leur roi Lothroc, qui se nommait Bier, à la côte de fer, et avec Hastings, le plus méchant de tous les Païens, qui dirigeait cette expédition, affligèrent de toutes sortes de calamités les habitans des rivages de la mer, renversant les cités et incendiant les abbayes. Nous dirons tout à l’heure quel était ce Lothroc, et de quelle race il descendait. Mais, avant cela, disons quelques mots sur la position de la Dacie.

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